28 août 2008

The Proposition

J'ai écrit une lettre à mon cher toubib, j'aimerais vous la recopier mais elle est timbrée et postée. En gros, je lui faisais part de mes inquiétudes par rapport à ce qui m'est arrivé hier soir. Pendant la journée, j'ai bien bu quelques verres d'eau, il faisait un peu chaud, mais rien de très inhabituel, jamais que la dose normale pour s'hydrater convenablement en plein mois d'août. Et le soir venu, après avoir dégusté un fameux plat de pâtes à la sauce tomato ketchup, j'ai lancé ce film, un intriguant western australien orchestré de pied en cap par le célèbre Nick Cave. Et il se trouve que du générique d'ouverture au générique de clôture, j'ai pas arrêté une minute d'aller pisser. Alors j'ai tout bêtement demandé à mon doc si d'après lui j'aurais intérêt à me faire opérer de la prostate fissa. Il vient de me joindre sur mon Motorola, une chance j'avais filé mon 06 à sa femme quand j'étais allé la troncher chez lui. Je lui ai rappelé le titre du film et il m'a tout de suite rassuré : il l'a vu aussi et ça lui a fait pareil. A la sortie de ce film, il paraît que plus d'un spectateur est venu consulter en toute hâte, frileux à l'idée d'avoir chopé la chaude pisse.


The Proposition de John Hillcoat avec Guy Pearce, John Hurt, Emily Watson et Ray Winstone (2005)

26 août 2008

Live Free or Die Hard (Die Hard 4 - retour en enfer)

Je ne vais pas jouer au jeu des comparaisons, mais je repose quand même les choses sur une table : Die Hard 1, c'était tout simplement mon dépucelage cinématographique, je dois l'avouer. C'était un soir sur Canal +, mes parents étaient pas là, j'en avais profité. Et en VO je vous prie. "Karl schießt die fenster !". On n'oublie jamais la première fois. Die Hard 2, m'a empêché de prendre l'avion pendant trente ans, et j'ai seulement 22 ans. Je suis comme tétanisé dans un aéroport, même dans une gare SNCF. Nouveau Die Hard, nouvelle phobie. A cause de Die Hard 3, j'évite de prendre le métro, le taxi et j'ai rayé New-York de ma carte ! Ces trois films ont été réalisé par la triade gagnante : McTiernan-Harlin-McTiernan. En fait j'ai jamais bougé mon fiac de chez moi depuis 30 ans à cause de cette série, cette série noire ! Alors quand un quatrième épisode a été sur le point de sortir, j'ai pris mon courage à deux mains, j'ai retiré les planches qui obstruaient mes fenêtres, je suis allé au WC pour récupérer la clef de la porte que j'avais avalée, et je me suis rendu dans la salle de cinéma la plus proche et la plus high-tech pour profiter pleinement du spectacle.



Dans ce métrage, Bruce Willis se retrouve confronté à des cyberterroristes. Moi dès que j'ai trouvé ma place dans la salle, je retire mes groles et mes chaussettes, de façon à communier pleinement avec le reste du public. Parfois ça me vaut des regards outrés, souvent j'entends un "ça pue" à quelques sièges de moi. Cette fois-ci, mon voisin, que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam (de toute manière je ne connais personne vu que j'ai pas foutu les pieds dehors depuis 30 ans, à part trois gars sur msn dont un taulard avec lequel j'ai l'intention de fonder une famille), a sorti de son cabas un dvd vierge et s'est mis à m'éventer le pied durant toute la séance. Son air concupiscent durant cet acte m'a incité à ne pas le décourager dans cette action bienveillante, qui me procurait, par ailleurs, de fines sensations sur la plante de mon panard droit. Hélas, dommage collatéral, bien mal m'en a pris, je suis ressorti de la salle avec la goutte au nez et sans mes groles. Résultat, me voilà le seul type atteint d'une grippe qui m'a tout l'air d'être de nationalité espagnole en plein mois d'août, et je vous écris actuellement sur mon lit de mort, un scientifique à mes côtés, habillé comme Dustin Hoffman dans Alerte, qui m'a promis de poster ce message si mon délabrement inéluctable m'en empêchait.



Dans ce métrage, John McClane n'a plus un poil sur le caillou, il ressemble à un gland tuméfié d'avoir trop été sorti pour rien. Je suis sorti de la salle secoué et atteint de la tremblante du mouton, la forme liée au sérotype 4, la pire, celle qui ne vous laissera jamais indemne, celle qui vous fera vibrer les testicules à vie. J'ai perdu 2 kilos, sans comprendre pourquoi. Le court-circuit cérébral que je me suis frôlé ! Dans ce métrage, les plans durent 1/100è de seconde, y'a que Usain Bolt qui peut mater un tel film, et en courant against the world record. Moi, mine de rien, je connais Metz et si Die Hard 1 constituait mon dépucelage cinématographique, Die Hard 4 est bien le premier film qui m'a défloré le cul, avec la manière forte, à la Dirty Harry ! J'avais le choix entre vivre libre et mourir dur, mais je préfère crever la gueule ouverte plutôt que le revoir une nouvelle fois !


Live Free or Die Hard (Die Hard 4 - retour en enfer) de Len Wiseman avec Bruce Willis, Justin Long, Maggie Q, Mary Elizabeth Winstead et Timothy Olyphant (2007)

23 août 2008

U.V.

U.V. est le premier film de l'histoire du cinéma entièrement tourné en violet & blanc, d'où son titre, qui est l'abréviation d'"ultra-violet". Cette première, on la doit au jeune cinéaste français Gilles Paquet-Brenner, tout droit sorti de l'ESAV, et qui avait à cœur de démontrer toute son ambition artistique dès sa première véritable oeuvre personnelle, après avoir taffé sans passion sur la saga des Gomez & Tavarez. Dans U.V., toutes les couleurs sont saturées, ce qui explique leur absence quasi totale, au profit du blanc et de différents tons de violet. C'est du jamais vu. C'est le premier film qui nécessite non pas des lunettes spéciales 3-D mais bien des lunettes de soleil pour pleinement l'apprécier et, pour les peaux sensibles, un tube de crème solaire. On est ici face à mille gammes de violet, et certaines sont là uniquement pour nous cramer les rétines. U.V. est tout simplement l'œuvre artistique qui rend le mieux hommage à cette couleur souvent mal considérée par la plèbe. Dans U.V. on y a droit à toutes les sauces : cela va du gland violacé de l'exhibitionniste Pascal Elbé au visage rendu mauve par la fatigue d'un Jacques Dutronc à cran, en passant par le bikini couleur lavande qu'arbore Laura Smet avant de se jeter dans une piscine aux reflets curieusement pourpres. Vous l'aurez donc compris, le violet règne en maître dans tous les plans de ce film, mais le sens du titre ne s'arrête pas là. Derrière U.V. se cache également l'abréviation de bien d'autres expressions, comme par exemple "ultra violent", pour le passage où Pascal Elbé, pourtant habitué aux rôles de gendre idéal, massacre la belle gueule de Nicolas Cazalé à coups de rame après l'avoir assommé à l'aide d'un mât lors d'une scène navale qui vous glacera le sang.



U.V. est donc un film très riche sur le plan thématique, à tel point que je préfère ne pas tout vous dévoiler. U.V. est un film qui se veut hitchcockien mais qui fait davantage penser à Hitch, ce navet hollywoodien où Will Smith, autoproclamé maître de la séduction, tente par tous les moyens de s'envoyer Eva Mendes. Un autre de ces films qui laisse le spectateur à la fois songeur et perplexe, dont je ne serai surement pas amené à vous parler prochainement.


U.V. de Gilles Paquet-Brenner avec Jacques Dutronc, Pascal Elbé, Laura Smet et Nicolas Cazalé (2007)

22 août 2008

Time After Time

Il y a quelques temps je vous parlais de La Machine à Explorer le Temps, l'excellente adaptation cinématographique signée George Pal du célèbre roman d'H.G. Wells. Je vais à présent vous parler de Time After Time, que vous connaissez peut-être sous le titre C'était Demain, en version française. C'est un film mettant également en scène la fameuse machine mais aussi l'écrivain lui-même, que je voulais voir depuis longtemps du fait de son emballante idée de départ. Jugez du peu : H.G. Wells poursuit Jack l'Éventreur à travers le temps après que celui-ci ait utilisé la machine à voyager dans le temps du célèbre romancier pour échapper à la police de son époque. De l'histoire du film, je ne connaissais donc que ça, et ça me semblait prometteur. A ma plus grande joie, j'ai enfin pu découvrir ce film après-demain. C'est mon cousin que je suis allé voir le mois prochain qui a bien voulu me le prêter. Je lui rendrai la semaine dernière, il est censé venir. Bref.




En réalité, il n'y a pas vraiment de "poursuite à travers le temps" entre Jack l'Eventreur et H.G. Wells, d'une part parce que le film se déroule entièrement en 1979 et d'autre part parce que Jack et Herbert sont des potes de longue date et entretiennent des relations très cordiales. Herbert George a évidemment été un brin déçu d'apprendre que son meilleur copain n'était autre que le premier serial killer de l'Histoire et qu'il lui avait emprunté sa machine sans lui demander son autorisation afin de fuir la police ; mais malgré cela, il ne peut oublier tous les chouettes moments qu'ils ont passé ensemble autour d'une tasse de thé ou d'un jeu d'échec quand il ignorait encore sa triste identité. Du coup, il n'y aura jamais de confrontations viriles entre les deux personnages et c'est tant mieux. Leurs faces à faces ressembleront plutôt à des conversations argumentées entre deux gentlemen, Jack expliquant à Wells qu'il se sent très bien dans une époque qui a l'air de lui ressembler et qu'il compte bien y rester, et Wells essayant de convaincre Jack que sa place est derrière les barreaux. Le film sera donc assez pépère et prendra même très souvent les allures d'une comédie où deux individus du passé découvrent les nouveautés de notre époque, et il est intéressant d'analyser les différents comportements de nos deux protagonistes une fois qu'ils ont tous les deux attéris en 79, à San Francisco (la machine ayant été déplacée dans un musée consacré à Wells).




Fraîchement téléporté de 1893 à 1979, Jacky l'Eventreur n'a qu'une idée en tête : remettre à jour son accoutrement démodé, qui lui vaut moqueries et jets de pierre dans les ruelles de la ville. En faisant du shopping, il tombe sous le charme d'un ustensile original : une banane (vous savez, ce genre de poche accrochée à une ceinture qu'on s'attache d'habitude à la taille). Jacky Chan est ultra fan. Il voit là-dedans un accessoire de travail idéal pour le serial killer qu'il est, puisqu'il peut y ranger son coutelas et autres bistouris, objets indispensables pour éviscérer proprement une tepu. Pour Jackie, ça ne fait aucun doute : la banane est la plus géniale invention du 20ième siècle et il lui aura fallu seulement quelques minutes pour la repérer. Après avoir perdu quelques pièces de collection pour se l'offrir, on voit Jack arpenter les rues en pentes de la ville californienne avec un grand sourire sur les lèvres. Il tient sa banane fièrement, comme s'il s'agissait là du prolongement de son organe reproducteur.




Quant à H.G. Wells, ses envies sont plus terre-à-terre une fois débarqué dans le futur. Visiblement peu intéressé à l'idée de visiter le musée qui lui est entièrement dédié et où il pourrait apprendre une masse d'informations ahurissantes sur son avenir, il préfère quitter rapidement les lieux pour mieux s'orienter vers le fast-food le plus proche. Après avoir troqué sa montre gourmet contre un BigMac maousse et ainsi apaisé sa faim, il ne manque qu'une seule chose pour faire d'H.G. Wells version 1979 un homme pleinement heureux : une tacade d'un siècle sa cadette. C'est en demandant poliment à une passante où est le boxon le plus proche que Wells fait la rencontre tant désirée : une meuf très attirée par son look old school très british et qui, en tant que femme moderne totalement libérée, se montre très entreprenante à son égard. Elle l'invite chez elle et, bien sûr, il ne refuse pas. En discutant un peu avec la dame avant d'entamer les choses sérieuses, Wells apprend qu'il a, entre autres, loupé deux guerres mondiales. Pour satisfaire sa curiosité, la femme lui tend alors une encyclopédie Universalis traitant brièvement du sujet mais Herbert George répond du tac o tac "Non non, franchement, je préfère autant tirer ma crampe tout de suite." H.G. est arrivé là en time machine et compte bien utiliser sa boner machine. Rassurant de constater qu'un écrivain comme H.G. Wells reste avant tout un homme, voire même un animal guidé par son mastard, dans une telle situation. Après avoir soulagé ses testicules centenaires et fait le bonheur d'ume femme dont il pourrait être l'arrière-arrière-arrière grand père et qui ne tardera pas à tomber amoureuse de lui, Wells aura tôt fait de retrouver Jack l'Eventreur et de l'envoyer ballader dans l'infini à l'aide de sa machine à explorer le temps.




Au bout du compte, Time after Time est un film plutôt agréable à suivre, surtout grâce au couple d'acteurs attachant que forment Malcom McDowell (le taré d'Orange Mécanique), très à l'aise dans la peau d'H.G. Wells, et la très jolie Mary Steenburger, qu'on avait déjà vu tomber amoureuse d'un voyageur dans le temps dans Retour vers le futur 3. On pourra toutefois regretter que le personnage de Jack l'Eventreur soit si transparent.

La dernière scène du film c'est H.G. Wells qui retourne au Mcdalle avec sa nouvelle femme. Il commande deux menus maxi best of. A emporter, en 1893.


Time After Time (C'était demain) de Nicholas Meyer avec Malcolm McDowell, Mary Steenburger et David Warner (1979)

The Dark Knight

J'ai subi ce film deux fois au cinéma. On ne pourra pas me reprocher de faire preuve de mauvaise volonté. Deux fois 2h30 de Batman, ça tient de la prouesse. Comme le film n'est vraiment pas génial (bien qu'il soit forcément supérieur au premier volet de la trilogie, Batman Begins, formidablement creux, parfois risible, et d'un ennui formidable), je vais éviter de m'étendre à son sujet. Et puisque la critique parle unanimement de ce Dark Knight comme d'une œuvre sombre, adulte, profonde, morale et ainsi de suite, poussée à cela par le film lui-même et par son réalisateur, qui se prend méchamment et de plus en plus au sérieux (on aimerait répondre à la critique et à Christobal Nolan lui-même par les mots du Joker : "Why so serious ?"), j'ai plutôt envie de me laisser aller à une critique sérieuse, beaucoup trop sérieuse...




Ce film est une sorte de plaidoyer pour ceux qui ont tué Kennedy et interdisent l'accès aux dossiers depuis lors. C'est une légitimation de l'Amérique qui sert des boucs émissaires au grand public pour soi-disant l'épargner. Et puis pas finaude la légitimation, de celles qu'une voix-off vient finir de dégueuler une minute avant le générique de fin. Cet éloge - car comment croire que Nolan puisse détester son Batman ? - du mensonge contre l'humanité, ou disons contre le saint peuple américain, éloge qui aurait fait marrer tout le Kremlin, débarque après deux heures et demi bien remplies : trois cascades et un joker cabotin. Ce super-vilain séduisant (et ô combien plus excitant que le sobre Batman de Nolan, incarné par un Christian Bale carrément éteint) se veut quand même une allégorie de l'Axe du Mal absolu, c'est l'agent du chaos qui n'a peur de rien et n'a aucun autre motif que sa cruauté, qui n'a même aucune histoire (ou qui en a plusieurs, fictives), bref qui semble insaisissable et qu'on est en droit de torturer pour lui soutirer quelques informations quant aux attentats qu'il a fomentés. Pour arriver à déjouer les maléfices d'un tel terroriste, il est capital que le justicier se fasse Chevalier Noir... Charmante parabole nauséabonde sur le 11 septembre, Ben Laden, Guantamo et Abou Ghraib, sous-texte qui, tout comme le Jack Bauer tortionnaire de la série 24 Heures Chrono, doit donner des ailes à ce vieux Donald Rumsfeld.




Avant ces assertions finales franchement limites, le film tâche aussi de démontrer que l'Homme est bon par nature, que seule la rancune peut le pervertir, et alors jusqu'au point de non-retour, et puis encore que l'instinct de survie n'existe pas, que l'humain, quel qu'il soit et en groupe, se laissera tuer pour épargner un inconnu, ou même un criminel. Tout est bidon : du bon samaritain qui, rancunier, se met à massacrer des flics, pauvres instruments à la solde du méchant Joker incarnant le Mal Absolu et que le justicier blanc épargne quant à lui ; aux deux groupes d'hommes (civils/criminels) qui non seulement ne veulent pas appuyer sur le bouton pour faire sauter le bateau d'en face histoire de s'éviter ce sort morbide mais qui, mieux encore, se comportent en véritables héros aux grands cœurs, acceptant le saint sacrifice sans condition pour ne pas s'abaisser au meurtre déresponsabilisé par principe de survie. C'est à croire que la Shoah ne fait déjà plus partie des images primitives de nos contemporains. Oubliés les kapos.




D'ailleurs The Dark Knight est au moins aussi détestable que le Kapo de Pontecorvo (je mets carrément les panards dans le plat en évoquant un grand chapitre de la critique cinématographique sur lequel il est de bon ton de vociférer aujourd'hui), et il ne s'agit pas seulement d'un travelling enjoliveur* ou d'un mouvement de caméra final chez Nolan mais d'une voix-off craspec qui nous déballe un truc peu digeste censé glisser après 150 minutes de cascades en cuir. Chez Pontecorvo au moins, seul le travelling séduisant était abject. Chez Batman il n'est que le papier cadeau d'un propos, d'un message, en bonus. "C'est mal", comme dit Morgan Freeman dans une scène impayable quand le Batman lui demande d'utiliser les ondes émises par tous les téléphones portables de la ville pour localiser le méchant, c'est mal mais quand c'est pour vaincre l'Axe du Mal alors c'est bien... et ceux qui aiment ce film au point de le défendre bec et ongle comme un intouchable se feront fort de transformer le discours du film - dont le super-héroïque Batman, quoiqu'on en dise, torture gaiment un terroriste, fait le "mal" en utilisant l'intimité des citoyens à leur insu et crée un mensonge d’État plus confortable que la réalité, le tout pour débarrasser le monde d'un super-méchant insatiable - en ironie et en critique en creux de l'Amérique de Bush. Let me laugh. Ce film, pour cette raison et pour bien d'autres (musique pompière, personnages inexistants hors le cabotin Joker, montage comique, goofs à revendre, etc.), est digne du plus profond mépris. 




* Voici quelques lignes de Serge Daney à propos de ce fameux travelling: "Film sur les camps de concentration, tourné en 1960 par l'Italien de gauche Gillo Pontecorvo, "Kapo" ne fit pas date dans l'histoire du cinéma. Suis-je le seul, ne l'ayant jamais vu, à ne l'avoir jamais oublié ? Car je n'ai pas vu "Kapo" et en même temps je l'ai vu. Je l'ai vu parce que quelqu'un – avec des mots me l'a montré. Ce film, dont le titre, tel un mot de passe, accompagna ma vie de cinéma, je ne le connais qu'à travers un court texte: la critique qu'en fit Jacques Rivette dans les Cahiers du cinéma. L'article s'appelait "De l'abjection", Rivette avait trente-trois ans et moi dix-sept. Je ne devais jamais avoir prononcé le mot "abjection" de ma vie. Dans son article, Rivette ne racontait pas le film, il se contentait, en une phrase, de décrire un plan. La phrase, qui se grava dans ma mémoire, disait ceci : "Voyez cependant, dans Kapo, le plan où Riva se suicide, en se jetant sur les barbelés électrifiés: l'homme qui décide, à ce moment, de faire un travelling avant pour recadrer le cadavre en contre-plongée, en prenant le soin d'inscrire exactement la main levée dans un angle de son cadrage final, cet homme n'a droit qu'au plus profond mépris". Ainsi un simple mouvement de caméra pouvait-il être le mouvement à ne pas faire. A peine eus-je lu ces lignes que je sus que leur auteur avait absolument raison. (…) Au fil des années, en effet "le travelling de Kapo" fut mon dogme portatif, l'axiome qui ne se discutait pas, le point limite de tout débat. Avec quiconque qui ne ressentait pas immédiatement l'abjection du "travelling de Kapo", je n'aurais, définitivement, rien à voir, rien à partager" [S. Daney et S. Toubiana "Persévérance" – op. cit.].

Ainsi qu'un lien pour voir ladite scène.


The Dark Knight de Christopher Nolan avec Heath Ledger, Maggie Gyllenhaal, Gary Oldman, Michael Caine, Christian Bale et Morgan Freeman (2008)

17 août 2008

The Last Detail

"Bad Ass" Buddusky et "Mule" Mulhall, deux sous-officiers de la marine américaine, sont de corvée : ils ont pour mission d'escorter un jeune marin accusé de vol jusqu'à la prison militaire. Ils ont donc une semaine pour traverser une partie des États-Unis, en bus et en train. Les deux sous-officiers s'apitoient très vite sur le sort du jeune marin, un brave gars dont la peine de prison leur apparaît bien lourde compte tenu de son délit. Puis ils compatissent quand le pauvre jeune homme leur avoue, en larmes, qu'il ne choisit jamais de voler, il souffre d'une maladie qu'on nomme kleptomanie. Buddusky décide alors de faire de ce triste voyage une dernière occasion pour le jeune marin de passer du bon temps. Et nous voilà embarquer dans une sorte de road movie tranquille et magnifique signé Hal Ashby, cinéaste culte et personnage fascinant du cinéma américain des années 70. 




Une réelle amitié va progressivement naître entre les trois hommes interprétés par un trio d'acteurs incomparable, et cela nous donnera l'occasion d'assister à des scènes parfois drôles, parfois tristes, toujours émouvantes. L'attachement des trois personnages est très touchant, parce qu'il nous est toujours montré de façon pudique et délicate. C'est surtout cela qui fait le charme et la qualité de The Last Detail, film également porté par l'immense talent et le charisme d'un Jack Nicholson alors rayonnant, et par la mise en scène si douce du grand Hal Ashby, qui baigne ici dans une lumière sublime. La dernière scène, où nos trois amis se voient séparés, est d'une tristesse poignante et nous démontre que les séparations ne se déroulent jamais comme on l'aurait souhaité. Un très beau film, l'un des meilleurs de Hal Ashby, à redécouvrir.


The Last Detail de Hal Ashby avec Jack Nicholson, Otis Young et Randy Quaid (1973)

15 août 2008

Vanishing Point

Lancé à fond les ballons depuis Denver et ignorant tous les principes fondamentaux du code de la route, un homme au volant d'une magnifique Dodge Challenger blanche s'est donné pour but de livrer le véhicule à San Francisco en moins de 15 heures. Tous les flics de chaque état qu'il traverse se lancent à sa poursuite.

Bien maigre synopsis, me direz-vous. Le début du film m'a en effet déconcerté, puisque je craignais qu'il s'agisse seulement d'une poursuite en bagnole d'une heure et demie. Or, j'ai beau apprécié les poursuites, surtout quand elles sont si bien filmées et si bien accompagnées musicalement, cela ne suffit tout de même pas à me tenir en haleine très longtemps. Heureusement, le film ne tarde pas trop à s'épaissir et à gagner de l'intérêt. On en apprend davantage sur le passé mouvementé du personnage principal et on devine les raisons de ses agissements absurdes. Il devient peu à peu l'égal d'un héros, une sorte de symbole pour la contre-culture américaine de ces années 70, soutenu par les hippies qu'il rencontre sur la route et guidé dans sa course par un animateur radio aveugle et noir. Il traverse également une série d'épisodes comique et émouvant, quand il se fait braquer par un couple d'auto-stoppeurs homosexuels et quand un vieillard solitaire lui vient en aide alors qu'il est perdu en plein désert.



Vanishing Point prend finalement des allures de film existentiel, indissociable de son époque, et il rappelle en ce sens des œuvres comme Easy Rider de Dennis Hopper ou encore le mémorable Macadam à Deux Voies de Monte Hellman. Ce genre de films où de jeunes gens décident, envers et contre tout, d'être totalement maîtres de leurs destins, animés par un vif désir de liberté mêlé à un profond désespoir, dans l'Amérique du début des années 70. Il s'agit également d'un film culte, dont le statut n'est pas volé.


Vanishing Point de Richard C. Sarafian avec Barry Newman et Cleavont Little (1971)

L'Homme qui voulait savoir

Nous sommes au début des années 80. Un couple de hollandais est en vacances dans le sud de la France. Ils sillonnent les routes en voiture et s'amusent entre eux. L'ambiance est très gaie. Ils ont l'air de s'aimer passionnément. Mais on sait tous que lorsqu'un film commence si bien, cela ne dure jamais très longtemps. Un drame est imminent. La voiture tombe en panne dans un tunnel. Le couple se dispute, rien de bien grave, mais l'homme décide de laisser sa femme et d'aller chercher de l'essence seul. Quand il revient, sa femme n'est plus dans la voiture. Premiers moments d'angoisse. Mais l'homme prend à peine le temps de s'inquiéter, il démarre. Sa bien-aimée l'attend à la sortie du tunnel, un peu fâchée contre lui. Ouf. Quelques minutes plus tard, ils s'arrêtent sur une aire d'autoroute très fréquentée, se réconcilient et passent du bon temps. Puis la femme part chercher des boissons dans la station service tandis que l'homme l'attend près de la voiture. Le temps passe et elle ne revient pas. L'homme panique. Cette fois-ci, elle a réellement disparu. Le drame a eu lieu.




Dès lors, l'homme n'aura plus qu'une seule idée en tête : savoir ce qui est arrivé à sa femme. Une véritable obsession nourrie par les lettres anonymes qu'il recevra 3 ans plus tard, écrites par une personne déclarant savoir ce qui est arrivé à sa femme et lui donnant des rendez-vous auxquels elle ne se rendra pas. Cette personne s'avèrera n'être autre que le ravisseur de la femme, et, via des retours en arrière parfaitement insérés dans le récit, il nous sera dressé de lui un portrait rigoureux et précis. Il s'agit d'un type tout à fait banal, d'apparence plutôt sympathique, vague sosie dodu de Benoît Poelvoorde, un prof de chimie perfectionniste et père de famille rassurant. Lors de ces mêmes flash-back, nous le verrons, entre autre, préparer méticuleusement son méfait, et échouer plusieurs fois. Ce personnage est interprété par l'acteur français Bernard-Pierre Donnadieu, qui livre ici une prestation tout bonnement hallucinante.




La partie du film la plus réussie est celle où les deux hommes se rencontrent enfin. Le ravisseur expliquera alors la raison de ses agissements. Une explication crédible d'une logique désarmante qui s'inscrit dans la réfléxion globale du film sur le thème du destin. Le titre français de ce film est L'Homme qui voulait savoir. Un titre qui n'est pour une fois pas si bêtement choisi. Il s'agit en l'occurrence de savoir pourquoi et comment la femme a été enlevée, et ce qu'elle est devenue. L'homme qui voulait savoir finit par apprendre que des signes prémonitoires menaçants, une série de mauvaises coïncidences et des choix personnels malheureux ont tous participé à la même histoire tragique.




L'Homme qui voulait savoir est un film d'une efficacité redoutable qui, de par son rythme assez lent, prend soigneusement le temps de nous plonger dans la détresse et l'obsession d'un homme, pour mieux compatir avec lui ; ainsi que dans la folie et l'apparente normalité d'un autre, pour mieux que celui-ci nous fascine et nous inquiète. Tout ça fait de l’œuvre du néerlandais George Sluizer l'un des films les plus dérangeants et horribles qu'il m'ait été donné de voir.


L'Homme qui voulait savoir de George Sluizer avec Bernard-Pierre Donnadieu et Gene Bervoets (1988)

14 août 2008

Smart People

Vous connaissez le jeu vidéo Sims ? Parce que moi je viens juste de mater l'adaptation ciné, et je n'étais pas du tout au courant qu'il en existait une. J'aurai toutefois pu m'en douter, à la vue de l'affiche du film qui plagie la pochette du jeu. Pour vous mettre au parfum rapidement, sachez que les Sims c'est un incontournable du domaine vidéo-ludique. C'est carrément l'un des jeux vidéos préférés des 8-12 ans. Il consiste à gérer une famille, du matin jusqu'au soir ; il s'agit d'organiser tant bien que mal la vie quotidienne de personnages que nous avons nous-mêmes créés. C'est rudement bien trouvé comme principe. C'est donc un jeu de qualité et son succès immense en est la preuve. Mais l'adapter au cinéma, c'était risqué ! Car s'il peut être parfois amusant de jouer à Sims, il est plutôt ennuyeux de regarder quelqu'un y jouer pendant 2 heures sans pouvoir dire un mot...




Derrière le titre Smart People se cache donc l'adaptation du jeu Sims, le premier film signé EA Sports. Son scénario se résume donc au quotidien d'une famille pendant environ un an. Une famille américaine monoparentale et recomposée où, en début de partie, l'ambiance et le moral ne sont pas au beau fixe.




Comme dans le jeu, les personnages ont chacun des objectifs et des aspirations propres. Le père est prof de lettres à l'université, mais il n'est pas épanoui dans son travail, il fout des sales notes à tous ses élèves et envoie tout le monde balader. Dennis Quaid le joue impeccablement, sans doute parce qu'il était effectivement d'une sale humeur dès qu'il devait foutre les pieds sur le plateau pour les besoins d'un film dont il n'avait pas lu le scénario car il n'avait pas su l'installer sur son PC. Son personnage aspire à une certaine reconnaissance professionnelle, mais il aimerait surtout trouver un nouvel amour pour définitivement faire le deuil de sa femme. Sa fille, une adolescente de 17 ans qui a les traits délicats d'Ellen Page, n'est pas très heureuse non plus et noie sa détresse silencieuse dans ses études. Son but est avant tout de surmonter ses peines mais aussi de réussir à l'école afin d'être prise dans une bonne université l'année suivante. Quant à l'oncle, interprété sans souci par un Thomas Haden Church en mode pilotage automatique, il s'agit d'une sorte de bug du jeu. Le personnage a été mal conçu. L'erreur s'est sans doute produite au moment même de sa création. Je le sais car cela m'est moi-même arrivé plein de fois quand je jouais à Sims. Je m'amusais à créer des individus aux caractères anormaux, antisociaux, totalement saugrenus, juste pour rigoler et les voir faire n'importe quoi. A la longue, ces individus s'avéraient injouables car beaucoup trop abrutis, alors je les supprimais et je recommençais une partie. Ici c'est plus embêtant, car la partie est filmée, et sauvegardée sous le titre présomptueux de "Smart People". Mais paradoxalement, ce personnage original nous offre les moments les plus intéressants du film, comme par exemple quand il tente de violer sa nièce en la faisant boire ou qu'on le voit pioncer à poil dans son hamak, dehors, en plein hiver.




A part ça, le film ne surprend à aucun moment : les objectifs des personnages seront évidemment atteints, ce qui aura le seul effet positif de mettre en terme à la partie et de libérer le spectateur de son ennui. Toutefois, en tant qu'adaptation d'un jeu vidéo, il faut bien reconnaître que Smart People se positionne sans difficulté dans le peloton de tête, très loin devant les Tomb Raider, Street Fighter, Mortal Kombat, Super Mario Bros et autres Indiana Jones 4.


Smart People de Noam Murro avec Dennis Quaid, Ellen Page et Thomas Haden Church (2008)

10 août 2008

Ratatouille

Voila qui va peut-être en étonner certains mais j'ai adoré Ratatouille. Je n'ai vu que la bande-annonce du film sur Youtube et Dailymotion, mais il faut dire qu'elle est tellement représentative du film que j'ai le sentiment de l'avoir vu, d'en avoir vu un condensé génial, un compte rendu parfait, un glossaire idéal, un best-of coolos. En fait, je dois bien le dire, j'ai surtout aimé Ratatouille parce qu'il est super bien foutu, et de plus, il m'a fait penser à mon job. J'aime beaucoup les films d'animation et je les aime beaucoup plus quand ils sont estampillés Pixar, alors quand j'ai su que le nouveau long métrage Pixar allait se dérouler dans une cuisine gastronomique, je dois bien avouer que j'attendais de voir ça avec une certaine impatience. Pourquoi ? Parce que je suis cuistot.



Ratatouille fait malheureusement aussi partie des films estampillés "Cérémonie des Césars", et sauf quelques exceptions à la règle, j'ai beaucoup de mal avec les films qui sont présentés dans cette compétition cinématographique. Ainsi toute l'année je mate les films en espérant qu'ils seront pas aux Césars histoire de ne pas avoir à les détester. Et ça n'a pas raté. Ratatouille a été nominé pour le César du meilleur film étranger d'animation. Du coup le film est à la fois estampillé Pixar et estampillé César. Un vrai dilemme pour moi. Mais je crois que j'ai choisi de l'aimer.

"L'amour est l'élixir du cinéma." (Will Smith)

Pour information, "Ratatouille" est le titre de ce film aussi bien en version française qu'en version originale. En fait "Ratatouille" est le titre du film partout dans le monde. Comme tous les films de James Cameron (Titanic, Terminator, Abyss, True Lies), Ratatouille a le privilège d'avoir un titre universel. Voici cependant les différents titres que ce film possède en fonction du pays où l'on se trouve :

* L'ecsó (Hongrie),
* O Ratatouis (Grèce),
* Ratatuy (Turquie),
* Rattatouille (Suède),
* Ratattouille (Australie),
* Rattattouille (Pologne),
* Rattat (Australie),
* Ouille (Nouvelles-Zélandes),
* Bukkake (Bulgarie),
* Remy no oishii restaurant (Japon),
* Rottatouille (Finlande)
* Untitled Rodent Project (titre de travail en Amérique)



Pour ceux qui seraient intéressés par l'achat du film en dvd, sachez que c'est un attrape-couillon. Un ami l'a acheté et a regardé le film avec les commentaires audio du réalisateur. Ceux-ci se limitent à une phrase, pendant le générique d'ouverture : "Bienvenue dans mon film, j'espère que celui-ci vous plaira". Puis plus rien après. C'est un poil court. Enfin bref j'ai adoré ce film, Ratatouille, parce qu'il m'a complètement replongé dans mon taff, en effet je suis un putain de rat de BU !


Ratatouille de Brad Bird avec des rats de laboratoire (2007)

5 août 2008

L'Ours

Je voulais faire voir Gremlins à ma nièce, mais je ne retrouvais pas le dvd. Alors je ne savais plus du tout quoi lui mettre. Je tenais à ce qu'elle regarde un vrai film, et pas un dessin animé ou une suite crétine mise en boîte en 5 jours comme les 102 Dalmatiens ou La Belle et le Clochard 2. Puis j'ai mis la main sur L'Ours, en disant à ma nièce "ce sont de véritables ours, t'imagines un peu ? c'est autre chose qu'un dessin animé, non ?", elle était d'accord, alors hop, on a maté L'Ours.

Je l'ai tout de suite prévenue que le début était triste. Avant même que ça arrive à l'écran, j'ai annoncé à ma nièce "Oui oui, la maman ours va se faire destroyer la tronche par tout un tas de rochers. Ils vont lui tomber sur le coin de la gueule l'un après l'autre, d'une façon trop méthodique pour être naturelle, tout ça parce qu'elle est trop gourmande et veut à tout prix bouffer un peu de miel. Et alors qu'un seul cailloux aurait suffit à la tuer, elle en prendra bel et bien une cinquantaine dans le dos, gratos." Je préférais prévenir ma nièce en employant des mots moins cruels et moins durs que cette terrible scène d'ouverture, et ma méthode a été efficace, puisque ma petite nièce a bien su surmonter cette première épreuve.




Après cette première scène, et pour ne rien vous cacher, sachez que j'ai très rapidement pioncé. Je me suis foutu en boule contre ma nièce, un peu à l'image de l'ourson malheureux contre le cadavre de sa mère ratatiné, puis j'ai tapé un gros roupillon peinard. J'ouvrais parfois un œil pour m'assurer que ma nièce suivait bien le film, puis je repartais illico dans les panards d'Orphée. Parfois je me réveillais un peu car je devais aider ma nièce, répondre à ses questions, elle est encore jeune, c'est normal. Elle me demandait "Mais cet ours-là, il est gentil ou méchant ?", "Oh c'est un ours tu sais, il est un poil rustre mais au fond il est pas méchant, enfin tu verras, il est cool celui-ci je crois", je répondais souvent au hasard car je ne me souvenais pas très bien du film et, avec chance, je me trompais jamais.




L'Ours, pour moi, c'était la première scène, et uniquement la première scène. Je ne me souvenais de rien d'autre. Et le reste donc, c'est tout simplement une tranche dans la vie d'un ours. 24h/24 dans les pattes poilues et maladroites d'un ourson. Le quotidien de petit ours brun, épisode "petit ours brun a paumé sa mère sous un tas de caillasse". Les déboires au jour le jour d'un jeune carnassier tristounet. Même ses nuits ne nous sont pas épargnées, puisqu'on a droit à ses rêves à travers de très jolies scènes d'animation. Il y a donc peu de dialogues, le rythme du film est celui d'un ours, assez lent donc ; il se vautre bien une fois ou deux dans des pentes trop abruptes, mais le reste du temps, il évolue à la vitesse d'un gros animal pataud. Tout ça n'est que pure logique et malgré cela, ma nièce a regardé le film du début à la fin, sans manquer la moindre seconde, avec les yeux grands ouverts ; car L'Ours dispose tout de même d'une réelle trame et se termine sur un plan rassurant qui fait oublier la défunte mère et son tombeau naturel. Après avoir échappé à des chasseurs eux-mêmes rattrapés par leurs bonnes consciences, puis à un formidable cougar dont on se demande bien ce qu'il vient faire au beau milieu des Pyrénées, l'ourson rencontre un gros ours sympa, son nouveau papa, qui l'accueillera avec le sourire dans sa tannière et contre lequel il hibernera, heureux.




Personnellement, je continue à penser qu'il s'agit d'un sacré film, et je suis content de l'avoir fait voir à ma nièce. Rien que pour l'idée de s'être pourri la vie à tourner une histoire qui met en scène de véritables ours, je dis "chapeau". Parce qu'il a fallu les faire jouer, sûrement, ces cons d'ours. On sait à quel point ce genre de bestiole peut être tétue et débile. Il en fallait du courage pour se lever chaque matin et se dire "Bon, est-ce que Konrad acceptera de tendre la patte à Volvik pour la scène du bar qu'il me faut mettre en boîte depuis 15 jours ?". En regardant Sa Majesté Minor récemment, on a bien pu constater que Jean-Jacques Annaud avait, hélas, un caractère de cochon, déterminé et volontaire, qui lui permettait de mener à bien les projets les plus improbables. Mais il ne faut pas oublier que ces mêmes qualités l'avaient rendu coupable de jolies choses par le passé, lorsqu'il tournait L'Ours accompagné d'une ribambelle de dresseurs de bêtes à cran, ou qu'il filmait de véritables attardés mentaux se battant autour d'une brindille pour les besoins de La Guerre du Feu.


L'Ours de Jean-Jacques Annaud avec Bart l'Ours et Tchéky Karyo (1988)

4 août 2008

300

Un ami m'a raconté il y a trois jours une histoire. Il est allé acheter l'intégrale de Rimbaud aux éditions de la Pléiade pour l'anniversaire de sa mère. Les éditions de la Pléiade, à tort ou à raison, et sans doute à raison, c'est pas donné. De sorte que ce cadeau a coûté à mon ami la modique somme de 45 euros, ou pour parler franchement, l'équivalent d'un bras. Mais quoi de plus normal et de plus honorable ? Après tout il aime sa maman qui l'aime en retour, c'est bien heureux. Mais l'un dans l'autre, mon ami n'avait plus assez de sous pour se payer deux films de Jean-Luc Godard vendus ensemble, à savoir L'éloge de l'amour et Notre musique, coffret qui coûtait pas moins de 30 euros. Alors mon ami a pris l'étiquette ainsi que le code-barre d'un dvd du film 300 qui traînait là, parmi 150 autres exemplaires du même dvd, en tronche de gondole, et il les a soigneusement collés par-dessus ceux du boîtier contenant les deux films de Godard afin de ne payer le coffret que 10 euros (le prix du dvd de 300, donc). Mon ami a volé. Et le connaissant on peut encore se féliciter qu'il n'ait pas sommairement déchiré les blisters des deux dvds pour les intervertir au petit bonheur la chance et se faire défoncer par un vigile chauve et costaud peu fana des grands blonds intellos.



Si les films de Godard coûtaient 30 euros (soit 15 euros par film), et si celui du publicitaire Zack Snyder n'en coûtait que 10, le geste de mon ami fut noble et réparateur. Il serait en effet attendu que 300 coûte 3(00) fois plus cher que L'Éloge de l'amour et Notre musique réunis, puisqu'il a dû coûter 300 fois plus cher à ses producteurs, et puisqu'il a dû rapporter 3000 fois plus d'argent, et je pense être loin du compte, on ne pourra pas me taxer d'exagération, il doit s'agir en réalité d'un écart bien plus éloquent, mais je suis un vrai tocard en économie du cinéma, ce qui place cet article sous le sceau du soupçon. En somme, le geste de mon ami (parfaitement condamnable dans tout autre cas), est un geste digne d'Antoine Doinel (par ailleurs toujours condamné), qui volait dans les magasins, qui arrachait des photos d'Harriet Andersson dans Monika aux devantures des cinéma, qui dérobait la culture, celle que l'on devrait donner et qui se vend 3 fois plus cher que le divertissement populaire de la plus basse qualité, à moins que la valeur des choses soit proportionnelle à leur prix, mais l'on sait que cette équation, qui se vérifie dans cette histoire, est fausse presque partout ailleurs. Mon ami, qui a toujours une longueur d'avance, m'a dit : "on devrait payer 3 fois plus cher pour voir des merdes comme 300, pas l'inverse".



Au final c'est une histoire de Truffaut qu'il faudrait filmer comme Godard, avec politique et déductions, histoires de production, de coûts et de bénéfices en salles. On pourrait croire que le héros de cette histoire se paye Rimbaud, cadeau ou pas, pour 45 euros, alors que Rimbaud est mort il y a 118 ans, et que ce faisant il retire 20 euros à Godard. Que dis-je 20 euros, il retire 30 euros à Godard, puisqu'en caisse c'est 300 qui a été enregistré pour 10 balles. Godard se serait donc vu retirer 30 euros - même si je ne suis pas sûr de mon calcul et rappelle que je suis une buse non seulement en économie mais en calcul - lui qui vit encore et qui n'a pas beaucoup d'argent pour faire ses films. Lui qui a vendu les droits d'auteur d'un certain nombre de ses œuvres aux rapaces de chez Gaumont qui refusent de les sortir en dvd aujourd'hui. Mais l'argent qu'on donne à la fnac n'arrive jamais à Godard, ou des miettes, tout ça se passe avant. Notre Doinel grand et blond a volé la fnac, pas Godard Jean-Luc. Encore moins 300 et Snyder Zack, dont le distributeur dvd a vu rentrer 10 euros sans lâcher de dvd, mais tout ça ne compte pas pour 300. Godard aurait volé son propre film pour le donner au héros de cette histoire, et il aurait montré son majeur tendu, vieux de 78 ans, aux gens de la fnac. "Pour la gloire" comme n'a de cesse de le hurler le triste Gérard Butler tout au long de ce film prodigieusement laid et consternant qu'est 300.


300 de Zack Snyder avec Gerard Butler (2007)

Six jours sept nuits

Un jeune couple absolument amoureux, Robin Monroe (Anne Heche) et Frank Martin (David Schwimmer), décide de partir six jours et sept nuits en voyage sur une île paradisiaque afin d'oublier le travail. À peine arrivée, Robin est appelée par son patron pour aller reprendre son taff sur une île assez proche d'où elle se trouve : Tahiti. Elle hésite longuement puisque Frank vient juste de la demander en mariage et qu'elle a légitimement peur de sa réaction à l'annonce d'un départ en solo pour le boulot signifiant la mort prématurée de leurs vacances. Mais elle finit par accepter sous la pression de son patron. Elle va donc chez Quinn Harris (Harrison Ford), le pilote qui les a amenés sur l'île dans son vieux carlingue pourri, afin de lui demander un petit service : la conduire par les airs à Tahiti. Le vieil homme plus séduisant que jamais accepte de l'amener en échange de 700 dollars. Il dit à Robin : "Je veux 700 dols". Robin accepte donc de se délester de la totalité de son compte en banque et les voilà partis.



Quelques temps après le départ, et tandis qu'un orage se prépare, Quinn et Robin sont contraints et forcés de faire demi-tour, mais, pris de court par la tempête, ils doivent atterrir d'urgence sur une île déserte minuscule et sauvage. C'est là que commence le film. Cette aventure naissante ne fera qu'accumuler des péripéties plus folles les unes que les autres et ne sera au bout du compte qu'un prétexte pour montrer les deux protagonistes se prendre le bec sans fin. Jusqu'à ce que, sans crier gare, Harisson Ford se propulse en avant vers Anne Heche, la plaque au sol, et la baise à sec contre un tronc d'arbre tombé là fort à propos durant l'ouragan. Point d'adultère ici puisque Frank, le futur époux de Robin, qui aura passé une grosse heure à se morfondre en imaginant sa femme qu'il aime dans les bras du vieux pilote (ce qui se déroule effectivement en montage alterné dans des plans salaces qui défient tout bon sens), finit, pris de désespoir au bout d'une heure et quart, par troncher la petite-amie occasionnelle de Quinn, originaire des Maldives et restée près de lui sur l'île paradisiaque des vacances.



L'histoire se résume donc à deux couples créés par la tempête. Une sorte de rectangle amoureux sur deux îles désertes. Le couple du début du film, qui s'aimait follement, s'effiloche sous nos yeux tandis qu'Anne Heche prodigue à Harrison Ford la première fellation sans filets, plein écran, de l'histoire d'Hollywood, dans un avion dépourvu de train d'atterrissage, tandis que le montage alterné, procédé cinématographique si cher à Ivan Reitman, nous montre David Schwimmer sirotant un martini sec, allongé sur un transat en bord de piscine, les panards en éventail devant une lapdance bien rythmée qu'effectue devant lui et contre rémunération une thaïlandaise probablement mineure. Oubliez l'austère blowjob que Chloë Sevigny prodiguait à Vincent Gallo dans The Brown Bunny, on est ici dans devant une débauche de passion et d'envie ! Bref, c'est l'histoire d'amours naissantes entre un touriste et une prostituée infantile d'une part, et entre deux naufragés coincés sur une île déserte qu'un paysage hostile et des trafiquants de drogue armés jusqu'aux dents amèneront tout naturellement à se rapprocher pour un final amoureux tout en apothéose, d'autre part. À noter pour les fans que l'émission de télé-réalité intitulée "L'île de la tentation" est l'adaptation télévisée de ce long métrage d'Ivan Reitman. Ce film m'a fatigué, et le critiquer m'a fatigué aussi. J'ai comme une mauvaise habitude, un vice, une manie un peu encombrante, qui consiste à voir des films de cul là où y'en a pas, mais quand Hollywood se met à faire du porno grand public, j'ai plus le choix, et je peux que choper la perche au vol. C'est ce que j'ai fait, mais ça m'a fatigué.

Déjà que perso il me faut entre six jours et sept nuits pour arriver au bout d'une simple seigue...


Six jours sept nuits de Ivan Reitman avec Harrison Ford, David Schwimmer et Anne Heche (1998)

Un Baiser s'il vous plaît

Je suis allé voir ce film avec Rémi. Comme d'hab. Entre gadjos. A la sortie du cinoche on se matait en chien de faïence car on avait tous les deux envie de niquer ; comme ça nous arrive tous les soirs entre midi et 7h du mat'. Moi je regrettais d'être un mec et lui, il regrettait que je sois un mec. Puis on en est venu à causer du film, et on s'est dit que, bon sang, apprécier réellement les films d'Emmanuel Mouret, comme on le fait nous deux, ça devrait être une sacrée carte de visite auprès des filles, si seulement le monde tournait rond ! Car ces films-là sont faits pour leur plaire. Ils racontent des histoires d'amour compliquées, avec des personnages romantiques, sensibles, délicats et maladroits, joliment humains, tout simplement. Les dialogues sont toujours très soignés, écrits et dits avec une très grande application ; chose rare : ils sont agréables à l'oreille en plus de sonner justes. A travers ces dialogues, Mouret fait preuve d'un talent et d'un goût du langage qui rappellent inévitablement Eric Rohmer.



Les acteurs, et Emmanuel Mouret lui-même, sont toujours impeccables, ils semblent prendre autant de plaisir à se renvoyer la balle que le spectateur à les regarder faire. Mouret a décidément l'art de choisir ses actrices, ainsi, il nous a fait découvrir la ravissante Fanny Valette dans Changement d'Adresse, puis il a dirigé les sublimes Virginie Ledoyen et Julie Gayet dans Un Baiser s'il vous plaît, sans parler de Frédérique Bel, présente dans les deux films, et d'autres interprètes moins connues mais toutes aussi chouettes et idéales dans leurs rôles respectifs. Mouret a également le talent de savoir mettre en images des fantasmes universels auxquels nous avons tous pensé un jour. Dans Un Baiser s'il vous plaît, le personnage principal demande à sa meilleure amie de faire l'amour avec lui, par simple amitié, afin qu'il se sente mieux dans sa peau. Avant cela, et dans le même but, il était allé voir une charmante prostituée étudiante, sans succès. Alors bien sûr, ces films ne sont pas parfaits, ils ont tendance à commencer très fort puis à perdre le rythme peu à peu, voire même à décevoir sur la fin. Mais Un Baiser s'il vous plaît semble échapper à la règle et après avoir commencé sur des chapeaux de roues, il ne s'essouffle pas et se termine joliment. Ces films ont peut-être bien quelques défauts, mais trop peu pour nous faire oublier la qualité globale remarquable des œuvres d'Emmanuel Mouret. Hélas, ses films ne sont pas encore assez connus, et les filles d'aujourd'hui semblent préfèrer la filmographie intégrale de Tim Burton. Tim Burton, celui qui a écrit "Triste fin du petit enfant huitre". Dans quel monde vivons-nous ?


Un Baiser s'il vous plaît d'Emmanuel Mouret avec Julie Gayet, Virgine Ledoyen, Frédérique Bel et Emmanuel Mouret (2007)