7 décembre 2010

Trésor

Faut que j'en parle, tout de suite. Je viens de le voir en entier. Et il faut que j'en parle. Pour commencer sur des chapeaux de roues, je dois vous faire une confession. En regardant ce film une pensée m'a traversé l'esprit comme un éclair, une pensée morbide, une pensée noire, honteuse et coupable, la voici résumée : "Je me réjouis de la mort de Claude Berri". C'est pas rien comme sentence ça. C'est même vraiment particulièrement dégueulasse. Et pourtant... cette saloperie m'a effleuré l'esprit en regardant ce film. J'ai hésité à commencer cette critique par cette pensée puante affirmée sans ambages, comme pour l'exorciser mais je m'y refuse parce que je réfute cette sinistre pensée, digne de ma plus insidieuse bassesse. Je sais quand même ce qui est bien et ce qui n'est pas bien. J'ai une éthique, contre toute attente. D'ailleurs j'ai lu "Ethique à Nicomouque" de Spinoza (prononcez Spinocha), ou d'Aristoté, je sais plus.

Ce qui m'a poussé vers cette idée scabreuse, c'est ce film que par conséquent je condamne et que j'accuse d'éveiller de tels sentiments odieux chez le spectateur que je suis. C'est aussi une réflexion somme toute assez mathématique : si Claude Berri n'était pas mort, en regardant ce film je serais peut-être en train de lui souhaiter de crever. Donc à tout prendre mieux vaut qu'il soit mort, parce que si se féliciter de la cessation d'activité de quelqu'un n'est pas très recommandable, c'est deux fois plus hideux de souhaiter le décès d'une personne plus ou moins bien portante, d'où que, l'espace d'une minute que je voudrais bannir de ma mémoire, je me suis trouvé heureux qu'il soit mort et bien mort. Je trouve ça affreux, je voudrais m'en repentir. Je me sens coupable. Je me sens mal. Pour tâcher d'oublier cette ignominie, je vais essayer de parler du film et il s'agira certainement d'une critique à charge qui aura également valeur de justification à l'égard de mes sentiments les plus méprisables.

Claude Berri a co-produit ce film avec son épouse Nathalie Reims, écrivaine et toiletteuse de clebs connue pour tester ses artifices de beauté canine sur sa propre personne, tapez son nom sur google-image pour choper la chiasse. Claude Berri a également co-réalisé ce fameux Trésor avec un homme-à-tout-faire mieux portant que lui et physiquement capable de tenir une caméra, un faiseur dont le nom est déjà oublié. On peut facilement imaginer ce qu'ont pu être les derniers jours de Claude Berri, ou disons ses dernières années, en regardant ce film qui a tout d'une autobiographie. Et, partant, se dire heureux de sa disparition devient non plus une pensée criminelle mais au contraire une caresse bienveillante pour un vieux malheureux.



C'est l'histoire d'un type (Alain Chabat, 52 ans), qui décide d'offrir un chien à sa femme (Mathilde Seigner, 42 ans), pour l'anniversaire de leur quatre ans de vie commune. Au début du film un collègue de travail de Chabat, d'une surprenante perspicacité, lui demande s'il préfèrerait pas faire un gosse à sa grosse, mais Chabat lui répond texto : "Non c'est trop tôt, on veut profiter un peu de notre couple". Notre homme a 52 ans et ça fait quatre ans qu'il vit sous le même toit que son laideron de femme, et ce type affirme mordicus vouloir profiter de son couple et de sa jeunesse histoire de faire un gamin trisomique à 60 ans, quand on lui aura annoncé qu'il collectionne trois cancers du pancréas et que son tromblon de femme est quatre fois ménopausée. Donc c'est tout naturellement et le sourire aux lèvres qu'il offre un gros clébard à sa femme, et le plus affreux possible (il paraît que ces choses-là ressemblent à leur maître...). Sa femme justement, le personnage féminin le plus odieux, le plus débile, le plus dérangeant, le plus minable et le plus horripilant de l'Histoire des personnages féminins, devient complètement tchiplée de son chien au point de traiter ce dernier comme un amant et de considérer en contre-partie son amant en véritable clébard humain. Et ainsi on assiste pendant une heure et vingt longues et inépuisables minutes à cette lente et douloureuse séparation du couple qui a pour chef d'orchestre un gros bulldog puant. Or, bien qu'il s'agisse prétendument d'une comédie puisque tout le film se présente sous ce jour, du monstrueux générique d'ouverture aux acteurs en présence en passant par le pitch de poche qui sert de moteur à cet engin sans pilote qu'est le film, il n'y a pas le soupçon d'une vanne d'un bout à l'autre de ce gigantesque merdier filmé, ce qui tend à en faire une tragédie hyper-réaliste ultra glauque qui vous colle le cafard de votre chienne de vie en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, et pour plusieurs jours à mon avis.

Au fond c'est l'histoire d'un pauvre mec qui aime coûte que coûte une femme qui n'est autre que le diable incarné, la femme faite pute irascible, la chienne de Renoir sans Renoir, un monstre de débilité et de laideur, un estron de chien fumeux sous les traits impardonnables d'un travelo coincé dans un "devenir-canasson" dément et putride. La suite du film c'est la séparation de ces deux amoureux de Peynet, après quoi Chabat, qui passe la totalité du film à difficilement contenir dans un froc XS, va acheter un autre chien de race identique auquel il s'attache aussi tristement que sa femme s'est amourachée du premier, et devient donc tout aussi horriblement con et détestable que son ex-compagne.



Dans cette dure période de célibat, que le personnage semble tout de même appréhender avec une certaine joie, ce dernier rencontre aussi une voisine d'une trentaine d'années, ultra bonne et célibataire comme lui (interprétée par Marine Delterme), qui lui fait tendancieusement de l'œil. Mais notre Chabat national reste fidèle à sa vieille sardine qui l'a plaqué pour un chien. Un mot sur Chabat : comment peut-on devenir ça en si peu de temps ? Triste sire... Je reviens immédiatement au film. Avec ce pivot narratif bien risible qui consiste à nous faire admirer la constance d'un homme pourtant mal marié et ô combien mal plaqué, on sent bien que Claude Berri a voulu certifier à son épouse et collaboratrice qu'il n'a jamais cédé aux tentations féminines que subissent tous les hommes de pouvoir, et on le félicite.



Je dis "homme de pouvoir" à bon escient parce que le personnage joué par Chabat, alter-ego fictionnel de Claude Berri, exerce le beau métier d'architecte. Je crois qu'on peut affirmer que c'est là le métier de tous les Français si l'on en croit le cinéma populaire hexagonal. Dans tous ces films qui nous pourrissent la vie les personnages sont invariablement architectes, métier de bobo par excellence qui permet au héros d'être "dans le coup", grisonnant mais puissamment actif, riche mais honnête, bourgeois mais branché, putois mais séducteur, charmant bien que largement laid. Séducteur mais fidèle veut nous faire croire Claudio Berri, qui nous montre un Alain Chabat acceptant de changer in extenso et radicalement pour retrouver les faveurs de sa femme quitte à devenir pour cela un abruti fini et à vivre une existence de vieux poux paumé dans la crinière gluante de sa trainée d'épouse. Epouse qui, de son côté, profite de sa période de liberté acquise et se laisse tenter par un autre homme, ultra riche, taré de chiens lui aussi, et gay, avant de finalement repenser avec nostalgie à son ex-compagnon. Sa meilleure amie, bonne copine d'école, sous la peau parcheminée de Macha Méril (70 ans), lui dit alors d'une voix geignarde : "Ah ! Fais chier ! Tu penses encore à lui ?". Elle pense à lui, oui. Ma foi ils ont vécu quatre ans ensemble et ils se sont séparés y'a pas quinze jours, et elle pense encore à lui, mazel tov !

Et puis finalement, fort de l'acquisition d'un autre chien d'anglais, répugnant comme un chien des quais, Chabat retrouve sa femme au détour d'une merde de chien dans un parc et ils repartent ensemble avec le sourire et deux clebs au lieu d'un, ce qui nous fait un total de quatre gros clébards si on compte ce couple gerbant comme faisant parti du monde bienheureux des canidés. En somme c'est un dogumentaire bourdonneux sur tous ces gros gros connards de Français moyens, plus précisément sur les bourgeois nauséabonds qui font partie du haut du panier de ce tas de fumier. Pour quiconque est comme moi essoufflé d'accepter en silence de déambuler entre mille et un énormes étrons de clebs à chaque fois qu'il est question de mettre un pied dehors, ce film est largement contre-indiqué. Il est même à déconseiller vivement à quiconque rêve comme moi de voir tous les chiens du monde brûler de concert dans un brasier fabuleux.



C'est fou comme on a le sentiment d'observer en bonne mouche à merde la vraie vie de Chabat Alain et de Seigner Mathilde, de les scruter dans leur quotidien malheureux qui donne envie de se faire sauter la cervelle, et de cramer toutes nos cellules saines pour en fabriquer autant de cancéreuses juste en partageant ces 110 minutes chrono de leurs vies de connards chiasseux.

Le film est dédié à un chien, celui de Claude Berri et de Nathalie Reims. A la fin un panneau vient nous apprendre qu'ils remercient amicalement la psychologue pour clebs qui a permis à Claude de s'ouvrir aux chiens et de leur parler. Aujourd'hui il fume des mauves et bon dé... Voilà que ça me reprend. Mea culpa ! Je réfute cette réplique que je répugne à relire. Non plus sérieusement, Claude Berri... voila le type qui a marabouté le cinéma français avec pléiade de films de merde dédiés au quatrième âge jusqu'à devenir un pape tout puissant du film populaire indigent, et il s'est offert en fin de vie la petite gâterie de réaliser le film dont il avait envie sans se soucier de personne, sans la moindre justification commerciale ou artistique, en se payant d'ailleurs une chiée plus dix de seconds rôles à coller sur sa terrifiante affiche (Bruno Putzulu, Marine Delterme, Isabelle Nanty, Fanny Ardant, Stéphane Freiss etc.), avec une miette des milliards de dollars qu'il a planqué sous son matelas depuis des lustres passés à nous fait chier, histoire de causer de son chien de merde. Et ce film de famille amateur, ce film de chien, réalisé pour un chien, sort au cinéma puis en dvd comme si Sir Claude Berri distribuait post mortem des pacsons de pognon à qui a la main tendue, comme si son fantôme venait se payer producteurs, acteurs, techniciens, distributeurs, diffuseurs, médias, et spectateurs ! Parce qu'il se paye nos tronches ma parole. Il nous présente un film réalisé pour son chien, de là à nous prendre pour des clébards y'a pas trois kilomètres. Monsieur Picsou, coupable d'avoir coincé le cinoche Français sous des monceaux de merde et sous son propre cul, se paye qui il veut et fait son petit cinéma de papa à la mords-moi-mon-énorme-nœud. On se rappelle Coluche qui, quand il a reçu son César pour Tchao Pantin, réalisé par Claudius Berri himself, remerciait Claude Berri, "comme tout le monde", et finissait son discours en murmurant qu'il fallait soutenir "les petits jeunes qui n'ont pas de magouille pour faire du cinéma car le cinéma ça reste de la magouille". Il croyait pas si bien dire. Il venait de remercier le dernier des nababs. Et on a pas fini d'en chier avec la dynastie Berri... Son fils, sans doute un tantinet aigre depuis qu'il a vu le film-testament de son père dédié non pas à son fils mais à son chien de compagnie, est encore plus riche et plus incompétent que feu son paternel et il nous fait déjà ultra chier. Mais je ne souhaite certainement pas sa mort, car je sais ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.


Trésor de Claude Berri avec Alain Chabat et Mathilde Seigner (2009)

16 commentaires:

  1. Ah putain qu'elle est bien cette critique. Je ne l'ai pas vue, mais un film de clebs avec Chabat dedans, c'est Didier. Et un film avec M.Seigner, c'est une merde.

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  2. ET LES SALES ENFOIRES QUI DETESTENT LES ANIMAUX;TOUT AUTANT QUE LES HOMMES;CAR JE VOUS AI LU;ET;VOUS ETES A VOMIR !
    DEPECHEZ-VOUS DE GLISSER DANS UN BEAU CACA DE CHIEN;PROMIS;JE SERAI LA POUR VOUS RELEVER !!!!!

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  3. Peut-être notre meilleur commentaire...
    Il est géant ton blog Ushann (comment prononce-t-on ? Youshame à l'anglaise ? U-shané à la U-Turn ?).

    J'adore particulièrement cette tof : http://4.bp.blogspot.com/_lRWgfGmR9ts/TP33-c9zCgI/AAAAAAAAACU/mBpngWMBEOA/S748/chien.jpg

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  4. Itou. C'est bien simple je viens d'en faire mon fond d'écran.

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  5. Jumeaux de wallpapers et de teubs !

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  6. Meilleur comz' pour une de nos meilleures critikz'

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  7. Je l'ai vu ce film. Enfin, j'ai vu l'autre là, celui avec Bourdon. C'est pas le même film ? C'est le même non ?

    C'est la meilleure critique de l'année, au passage. Si vous faisiez un référendum des lecteurs et qu'il y avait une catégorie "meilleur article ilaosé de l'année" je crois que je voterais pour celui-là. Il est fort bien et "dogumentaire" m'a tué de rire :D

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  8. En te lisant j'ai entendu la voix de Joe...

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  9. Non c'est pas le même film :D L'autre c'est "Bambou" qui à côté de "Trésor" est un grand chef-d'oeuvre bourré d'humour et de talent.

    Merci pour cette critique que j'ai composée sous sédatifs.

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  10. Ouais c'était fait exzprès :)

    En troquant Mathilde Seigner contre Anne Consigny, Bambou gagne déjà. Ça pourrait être exactement le même film, ça serait déjà un poil de clebs mieux.

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  11. "Il est géant ton blog Ushann (comment prononce-t-on ? Youshame à l'anglaise ? U-shané à la U-Turn ?)."
    J'ai peine à ne pas mourir de rire à la lecture de cette petite répartie:)!

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  12. Chouette critique d'un film qui contient toutes les tares de ce que le cinéma français peut produire.
    Juste pour en revenir à Bambou : à part des passages très drôles, surtout du fait de l'actrice jouant la femme de ménage, ce film reste au fond une énorme merde avec les mêmes travers purulents que Trésor.

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  13. Ce que tu dis n'est pas totalement faux. Sauf que précisément y'a trois trucs drôles dans Bambou, aucun dans Trésor. Sauf aussi que d'un côté on a Didier Bourdon, respectable en cela qu'il a toujours continué à tâcher de nous faire rire sans devenir un gros producteur puant comme Chabat (ou Farrugia) ; et Anne Consigny, l'exact opposé de Mathilde Seigner. C'est donc le même film si on oublie ces paramètres essentiels, et à ceci près que Bambou se regarde sans déplaisir et sans procurer une haine incontrôlable au spectateur à l'encontre de l'humanité toute entière. Sinon c'est le même film...

    Nonobstant, Bambou reste un petit film de merde, soit.

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  14. Je suis d'accord avec toi sur ce point. Mlle Consigny est une personne jolie et délicate, tandis que M. Bourdon est quelqu'un d'assez drôle. C'est vrai, j'avoue, avoir un souvenir assez agréable de Bambou.
    Par contre, Trésor ça me dit rien.
    Sinon comme l'a si bien dit Vinzclav, qu'elle est bien cette critique :)

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