20 avril 2017

The Ridiculous 6

Avouons-le d'emblée : The Ridiculous 6 n'est pas un grand Adam Sandler. L'acteur comique, qui était au top de sa forme et totalement en roues libres dans That's My Boy et Jack & Jill, apparaît ici presque éteint, aux côtés de la très belle troupe qu'il a su réunir. Son nouveau film a les défauts que l'on peut tout à fait prévoir à la seule lecture de sa fiche technique. 119 minutes, c'est trop long, beaucoup trop long pour un film comique de ce genre-là. The Ridiculous 6 démarre d'ailleurs très mollement et l'on sait tout de suite que nous tenons-là un petit cru. Et puis ça décolle progressivement, à mesure que la petite bande s'agrandit. Mais voici l'autre défaut : bien trop de personnages comiques (à commencer par les six tocards du titre, mais la bande rivale menée par Will Forte est pas mal non plus), dont le potentiel véritable n'apparaît pas suffisamment exploité. Luke Wilson, par exemple, a quelques bons petits moments, il nous rappelle encore qu'il pourrait tout à fait porter sur ses seules épaules une comédie débile de cet acabit, ou être l'alter ego idéal d'une star de l'humour dans un buddy movie rêvé, et l'on regrette quasi systématiquement qu'il n'ait pas plus de place là-dedans.




A vrai dire, les six personnages principaux sont tous plutôt réussis, d'un pouvoir comique que l'on saisit immédiatement, mais aucun n'est véritablement marquant. L'un ou l'autre nous amuse de temps à autre, et guère plus. Le film a beau durer deux longues heures, il ne réussit jamais complètement à tirer le meilleur de son casting, de la plupart des situations dans lesquelles les six débiles se retrouvent empêtrés. Plus dommage encore, l'humour manque trop souvent sa cible. Le pourcentage de vannes ratées est bien trop élevé, certains effets comiques tombent tristement à plat, d'autres sont trop attendus et faciles. On se dit alors que Sandler aurait peut-être dû consacrer moins d'énergie à réunir un casting impressionnant et consacrer plus de temps à retravailler ses vannes... On navigue entre un comique très sage, tendant presque vers l'esprit Disney, et un humour sale et idiot, plus digne des meilleurs Sandler, que l'on attendait davantage. Et on aurait évidemment préféré que le film soit plus court et opte plus souvent pour la débilité totale, quitte à perdre une grande partie de son audience potentielle. Les derniers soubresauts de cette trop longue histoire finissent aussi par lasser un peu... 




Malgré cela, il faut aussi reconnaître que The Ridiculous 6 est ponctué de moments hilarants, parfois d'une absurdité vraiment osée. On se dit plus d'une fois "Mais c'est quoi ce film ?!". Quid de cette apparition étonnante de John Turturo qui débouche sur une scène inepte au possible où l'on assiste à la première partie de baseball de l'Histoire. On jurerait qu'il s'agit là d'une improvisation qui a mal tourné, d'une idée apparue à l'un des joyeux drilles impliqués dans cette affaire et aurait été jugée, sur le moment, hilarante par toute l'équipe, pour finalement donner lieu à un trou noir de 10 minutes au beau milieu du film. Un trou noir d'une débilité réjouissante ! Autre moment fort du film : cette partie de poker mettant en scène Mark Twain (incarné par un Vanilla Ice déjà croisé, avec plaisir, dans That's My Boy, et de nouveau intenable ici), Wyatt Earp, et le Général Custer, autant de caricatures à peine ébauchées, mais toutes remarquables par leur terrible connerie. On a beaucoup aimé aussi ce moment trop con trop bon durant lequel Luke Wilson raconte son histoire pour mieux expliquer à ses acolytes l'origine de sa culpabilité dévorante, un flashback glaçant nous apprend qu'il était le garde du corps un brin insouciant d'Abraham Lincoln le soir de son assassinat... On jurerait que le scénario a parfois été écrit sous influence. Que les acteurs, stimulés les uns par les autres, ont laissé libre cours à leur plus primaire stupidité. Mais cette sensation est hélas trop rare pour faire de The Ridiculous 6 un film comique que l'on aimera voir et revoir entre potes. Dommage, car il y avait là un sacré potentiel !


The Ridiculous 6 de Frank Coraci avec Adam Sandler, Terry Crews, Jorge Garcia, Taylor Lautner, Luke Wilson et Rob Schneider (2015)

11 avril 2017

Sur la Piste du Marsupilami

Bien que ce ne soit pas dans nos habitudes, non accueillons parmi nous un invité afin de l'aider à relayer son message à la France entière, au sujet du dernier film paru d'Alain Chabat, symbole d'un certain cinéma opportuniste loin de ce que devrait être le septième art. Nous laissons donc la parole à Cedric Jung, président de l'association "Les cinq millions".

La dernière réalisation en date d'Alain Chabat n'a pas fait date. A l'heure qu'il est j'espère que tout le monde s'est remis du traumatisme engendré par ce film qui a quand même enregistré plus de cinq millions d'entrées. Je suis un de ces "cinq millions" et j'en subis encore les séquelles. Parfois la nuit je me réveille en sursaut, un filet de sueur glacée descendant le long de mon dos jusque dans ma raie, après avoir revu dans un flash la tronche couverte de boue de Chabat ou celle de guingois, digne du dessin d'un enfant attardé tentant de copier un tableau cubiste de Picasso, de Géraldine Nakache. L'horreur.




J'ai créé une association, "Les cinq millions" dont le but est de se faire rembourser le prix de la place de cinéma (ajusté à l'inflation) et récupérer des dommages et intérêts liés aux 1h45 perdues devant un spectacle aussi navrant (soit, à 30€ de l'heure, car nous ne sommes pas des smicards du cinoche, une somme de 52,50 € par spectateur). Nous sommes actuellement 8752 membres, tous domiciliés dans Metz et ses environs, et nous aimerions que notre article revendicatif sur ce blog populaire nous donne l'opportunité de recruter d'autres spectateurs ayant été victimes de ce film en plâtre. Si la totalité des spectateurs floués par ce film (soit 5 224 663 personnes) font part de leur revendication et poursuivent les auteurs de ce délit sur pellicule, alors Chabat et sa clique devront rembourser 5 224 663 x 52,5 x 8€ (8€ étant le prix moyen de la place de cinéma ajusté à l'inflation, en étant très magnanime) soit 2 194 358 460 Euros, en espérant que cela les calmera suffisamment pour ne pas tenter de remettre le couvert avant longtemps. La note peut vous paraitre très fortement salée, mais notre association désire faire de ce film un exemple (et c'est tombé sur Chabat, c'est aussi un moyen de mettre en lumière l'ensemble de son œuvre dite "solo", elle est loin l'époque où on se marrait quand il défonçait un "con de mime") et enfin mettre en place une jurisprudence qui (dans un monde idéal) évitera au cinéma de se coltiner ce genre d'ignominie.




Notre association n'a aucun autre but lucratif que celui d'un remboursement complet et sans condition des frais, du temps perdu et de la souffrance physique et psychologique engendrés par cette "œuvre" qui parjure le cinéma et ébranle jusqu'à la base de nos convictions au sujet de l'avenir de l'Humanité. Nous espérons que vous serez nombreux à répondre à notre appel.


Sur la Piste du Marsupilami d'Alain Chabat avec Jamel Debbouze, Alain Chabat, Lambert Wilson, Fred Testot, Géraldine Nakache et le Marsupilami (2012).

5 avril 2017

The Keeping Room

Nous avions quitté Daniel Barber il y a près de sept ans, dans les ruelles sombres de Londres, en espérant ne plus jamais recroiser sa route. Il venait de nous livrer Harry Brown, un polar aux relents nauséabonds dans lequel Michael Caine jouait au vigilante du troisième âge pour faire régner l'ordre dans son quartier. Nous retrouvons aujourd'hui le cinéaste britannique au sud des États-Unis, animé de bien plus nobles intentions, et très joliment accompagné puisque le premier rôle de son western revient à Brit Marling. Notre dernière rencontre avec l'actrice américaine était également un mauvais souvenir, nous nous étions effectivement arrêtés au très mauvais I Origins, où elle incarnait une pénible chercheuse pas crédible pour un sou. Elle se retrouve ici à la tête d'un excellent western indépendant, qui réussit à tirer parti de la petitesse de son budget à travers un scénario aussi concis qu'intelligent, et qui vient se ranger aux côtés des films de genre originaux, simples et efficaces, dans lesquels nous l'avions appréciée à ses débuts. The Keeping Room apparaît donc comme une double réhabilitation pour le réalisateur et son actrice.




Dans un film constamment sous tension, Daniel Barber met en scène trois femmes aux prises avec une paire de soldats alcooliques et violents, en pleine guerre de sécession. Augusta (Brit Marling) et Louise (Hailee Steinfeld, croisée dans un autre western, le True Grit des frères Coen) sont deux sœurs isolées qui partagent, avec Mad (Muna Otaru), esclave noire-américaine, un domaine du Sud des États-Unis frappé par la désertification humaine, la misère, voire la famine, et que menace l'avancée des troupes de l'Union. Deux éclaireurs de l'armée yankee débarquent justement dans le coin et trucident tous ceux qu'ils croisent. Le film se concentre sur la lutte entre les trois femmes, d'un côté, et les deux hommes, de l'autre, et fait preuve d'un féminisme bien pesé d'un bout à l'autre.




Le plus beau moment du film est sans doute cette séquence où les deux agresseurs jettent un cocktail Molotov dans la maison barricadée et où Augusta se défait de sa chemise pour éteindre le début d'incendie, avant d'affronter les assaillants torse nu et fusil à l'épaule. La scène, a priori, était glissante. Le réalisateur fait plus que bien de ne rien dévoiler du corps de son actrice et de ne laisser peser aucun soupçon sur la plus petite velléité de voyeurisme ou d'érotisme, préférant ériger son héroïne en espèce d'amazone, défendant sa maison et les siennes de toutes ses forces. C'est une séquence très forte, que l'on aurait souhaitée plus longue, mais qui aurait peut-être perdu au change.




Le film réussit par ailleurs à donner son importance à la plupart des personnages, que l'on pense au monologue de Muna Otaru, qui incarne l'esclave quasi-affranchie du domaine, où cette dernière raconte les viols subis sur une autre plantation, ou à l'échange final entre Augusta et Moses (Sam Worthington, qui s'en tire mieux que d'habitude), l'un des deux éclaireurs nordistes. La fin peut surprendre, voire faire grincer des dents, mais elle sonne assez juste, pointant d'une part à quel point les dégâts causés par la violence masculine à l'égard des femmes s'étendent au-delà, et jusqu'aux hommes, et disant bien, d'autre part, que pour toute femme, à cette époque-là et par-delà les époques, partout et toujours, en temps de guerre la survie relève quoi qu'il en soit du miracle.


The Keeping Room de Daniel Barber avec Brit Marling, Muna Otaru, Hailee Steinfeld et Sam Worthington (2014)

2 avril 2017

Snake Eyes

Snake Eyes (intitulé "Œil de lynx" dans sa version française peu usitée), est un film à la gloire de Gary Sinise : le titre du film est un anagramme du blaze de l'acteur. Cet acteur qui nous a tous déçus en décembre 2003 quand il a été le premier citoyen américain à faire la guerre à l'Irak. Le saviez-vous ? L'immortel Lieutenant Dan, plus proche de son personnage qu'on ne l'aurait espéré, est un gros facho fou de Bush qui a pris les armes pour aller défoncer tous les Irakiens afin de mettre la patte sur Saddam Hussein, lequel était tout simplement descendu dans sa cave à la recherche d'une bonne bouteille. Avec ce film, Gary Sinise avait déniché son alter ego cinéaste en la personne de Brian De Palma, qu'il a retrouvé ensuite dans le fameux Mission to Mars, lequel a marqué la fin de la collaboration entre les deux hommes puisqu'ils ne partagent pas le même avis sur l'origine de l'humanité : De Palmas, adepte de la théorie de la panspermie d'Hermann von Helmholtz, pense que les martiens sont dans le coup, alors que pour Sinise, l'origine de l'homme, c'est Bush.


Nicolas Cage, toujours la main prête à accueillir une quelconque émotion.

Retour à Snake Eyes, le seul film dont le héros porte une chemise en croco du début à la fin. Qui d'autre que Nick Cage pouvait se permettre cette fantaisie vestimentaire ? En fait c'est son look du quotidien, déjà visible dans Sailor et Lula da Silva, le biopic du président brésilien par un David Lynch précog. Pour en revenir au film, c'est un huis-clos sur un ring de boxe opposant donc un flic survolté, Nicolas Cage, à un agent de sécurité véreux, Gary Sinistre, qui s'avère à la fin être le méchant de l'histoire. Et nous venons de vous flinguer ce film. On sait que ça se fait pas de taper sur les copains ou sur la famille, mais nous tenons juste à dire que ce film a été le film-culte de Josué, rédac' chef et unique cerveau valide de feu C'est Entendu, à l'époque où il ne connaissait pas encore OK Computer et où il était fan des albums solo de Mark Owen du groupe Take That, qu'il avait choisi de prononcer "Tèk Dat". Or, pour retourner au sujet, celui d'entre nous qui a grandi avec le sus-nommé rédac' chef a vu ce Snake Eyes, plusieurs fois, pense même le connaître par cœur et pourtant s'avoue absolument incapable d'en dire quoi que ce soit, alors qu'il serait capable de pondre un roman sur tous les bibelots qui entouraient la télé dans la chambre de ce frère où il a subi le film de De Palma au moins dix fois, tous ces objets hideux à l'effigie de Mark Owen...


Snake Eyes de Brian De Palma avec Gary Sinise et Nicolas Cage (1998)