7 octobre 2017

Enemy

Alors que Blade Runner 2049 vient de sortir en fanfare sur nos écrans, accueilli sous les vivats unanimes du public et des critiques, il est intéressant de se replonger dans la carrière de son auteur, le canadien Denis Villeneuve et, plus précisément, de se pencher sur son film le plus singulier, j'ai nommé Enemy, avec Jake Gyllenhaal et Jake Gyllenhaal. Cette sorte de thriller psychologique a en effet l'originalité de nous proposer deux Jake Gyllenhaal pour le prix d'un : celui-ci interprète son propre rôle, celui d'Adam Bell, un physicien et prof de fac de pacotille, ainsi que son parfait sosie, dont on sait bien peu de chose. Enemy nous propose de passer 90 minutes en compagnie de Jake Gyllenhaal et de son double, l'un à la recherche de l'autre, le premier épiant le second, et vice versa. C'est très difficile à suivre mais l'on s'y fait, on essaye de tenir, mordicus, on se dit que tout ça n'est pas bien long, on a immédiatement mis notre lecteur en mode compte à rebours, on sait qu'1h30, c'est supposé passer en un claquement de doigts. Alors on mate ça, le courage en bandoulière, en serrant les dents tout du long et en priant pour le pardon de toutes les personnes impliquées dans la production. Pour une fois, saluons l'affiche du film, qui a le mérite de nous prévenir qu'il s'agit d'un piège à éviter.


J'ai gribouillé ce dessin pour vous montrer dans quelle position j'ai vu ce film.

C'est le film le plus court de Denis Villeneuve, qui n'avait décidément rien à nous raconter, lui qui parvient d'ordinaire à étendre sur 3 heures des scénars qui auraient pu être efficacement torchés en une demi plombe. Le cinéaste originaire de Bécancour (Québec) avait vraisemblablement envie de peaufiner sa filmographie, il lui fallait réaliser son "film malade", son "grand film incompris". Il a donc choisi de nous livrer ce petit film de merde, entre deux succès. Quelle audace. Ses plus ardents défenseurs ne l'ont hélas pas suivi. Enemy est tout simplement imbitable. Même les fans hardcore de Denis Villeneuve, apparus en nombre après l'arnaque Premier Contact, ne viennent pas nous raconter qu'il s'agit d'un film à reconsidérer de toute urgence. Même eux ! Les plus farouches groupies de Jake Gyllenhaal n'ont pas tenu un quart d'heure devant cette horreur où leur idole apparaît en deux exemplaires, orné d'une belle barbe et vêtu d'un blouson de cuir du meilleur effet. Pour ne rien gâcher à ce cauchemar total, sachez qu'on croise là-dedans le fantôme de Mélanie Laurent, baragouinant des dialogues abscons dans un anglais terrible.


Une fois le film terminé, voici comment mon acolyte Rémi m'a récupéré.

Ce film est sorti le 13ème jour de la 13ème semaine du 13ème mois de l'année, en 2013, année maudite. Déambulations sans queue ni tête dans les méandres du cerveau torturé d'un acteur à la dérive. Enemy se veut intello, psychologique, philosophique, cérébral, méta-discursif. Il n'est au final qu'une soirée brisée en mille morceaux. Enemy porte bien son titre et m'a littéralement mis en PLS (cf. les deux schémas qui illustrent mon article). J'ai voulu sauver ma peau. La dernière scène du film, qui nous montre une espèce d'araignée géante marchant sur la ville, finit de nous achever. Cette image que Villeneuve doit espérer très marquante et qu'il laisse là en guise de "food for thoughts" ridicule, comme si nous allions nous arracher les cheveux à comprendre son sens, achève simplement de nous exaspérer. Quand, en 2049, nous vivrons dans un monde encore plus dégénéré qu'aujourd'hui, les Cinémathèques encore existantes oublieront volontairement de programmer Enemy lors des rétrospectives consacrées à l'oeuvre de Denis Villeneuve. On les en remerciera. Un monde où les films de Denis Villeneuve font systématiquement le buzz est à mon avis un bien triste monde.


Enemy de Denis Villeneuve avec Jake Gyllenhaal et Mélanie Laurent (2013)

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