21 janvier 2017

Crazy Stupid Love

Dans quelques jours, sortira sur nos écrans le phénomène La La Land. Au cœur de ce phénomène, un couple vedette qui attire tous les regards et a su redonner à Hollywood tout son charme glamour, j'ai nommé Emma Stone et Ryan Gosling. Couple à la scène comme à l'écran, les deux acteurs s'étaient déjà croisés plus d'une fois sur la toile. Leur première rencontre remonte à Crazy Stupid Love, une comédie romantique réalisée par un autre couple à la campagne comme à la ville, Glenn Ficarra et John Requa. Ces deux-là s'étaient fait remarquer en 2009 avec I Love You Philipp Morris, autre comédie dont nous gardons tous un très mauvais souvenir, qui narrait la romance impossible entre deux hommes : un détenu et un policier, incarnés par des stars sur le déclin (Jim Carrey et Ewan McGregor). Crazy Stupid Love a confirmé la spécialisation dans la comédie bas de gamme du duo de cinéaste d'origine porto-ricaine depuis condamné au silence et dont l'aventure a inspiré le musical West Side Story. #coupledepacotille


Premiers regards croisés entre les deux tourtereaux...

Petit rappel des faits. Lors d'un dîner en tête-à-tête avec sa femme, Steve Carell apprend que celle-ci veut divorcer et qu'elle le trompe. Au bord du gouffre, il noie son chagrin dans l'alcool à 90°, réservé théoriquement au lavage du linge très sale. J'ai par ailleurs fait l'acquisition récente d'une machine à laver 9 litres, ce qui beaucoup trop pour un homme célibataire bien qu'en couple comme moi, n'hésitez donc pas à envoyer votre linge sale à ilaose-at-gmail-dot-com. Revenons à Carell : bien décidé à ne sombrer dans la dépression, il espère rencontrer l'âme-sœur. Pour retrouver confiance en lui et devenir un expert en séduction, il fait appel aux services de Ryan Gosling, qui devient son coach personnel. Tout d'abord proposé à Will Smith, celui-ci aurait décliné la proposition par peur que ce rôle lui colle à la peau, obligeant les réalisateurs siamois à se tourner vers un choix plus risqué. La relation entre Steve Carell et Ryan Gosling, acteur comique confirmé d'un côté et sex-symbol au potentiel humoristique avéré de l'autre, n'offre malheureusement aucune étincelle à l'écran. Non, c'est seulement quand Emma Stone apparaît que le film gagne un brin d'intérêt. Séducteur à qui personne ne résiste, Ryan Gosling se trouve en effet bien incapable de conquérir le cœur de la jeune femme. S'engage alors un jeu de chat et de la souris qui ravira les amateurs de Titi et Grominet.


Tel le paon et ses plumes, le beau Ryan entame sa parade nuptiale. Peu importe : Emma est déjà sous son emprise...

L'histoire de Gosling et Stone prend progressivement le pas sur les tristes mésaventures de Steve Carrell, littéralement mis sur le bas-côté lors d'une scène de route indigne. On ne s'en plaindra pas. Après l'avoir cherché dans de nombreux films, il semblerait que Ryan ait trouvé en la red Emma Stone sa Blue Valentine... C'est le "love at first take". Les deux tourtereaux inscrivent alors leur nom directement dans le panthéon des #coupledelégende. Leur alchimie n'a pas d'égale. Leur charme, leur compatibilité évidente, nous laissent songeur.  En ces temps sombres, ils nous invitent même à reconsidérer les grandes théories panthropiques détaillées par James Blish. Le futur de l'homme passe peut-être par eux. Il faudrait envoyer leur sperme dans l'espace au quatre vents. Si des aliens tombent là dessus, ils voudront forcément nous rencontrer pour nous défoncer. Il faudrait semer la vie sur les exoplanètes étrangères avec leur sperme. S'ils font un gosse, par pitié, qu'ils nous en gardent un... Il faut sauvegarder leurs gênes. Congeler le sperme de Stone, conserver les ovules de Gosling. En attendant, nous nous contenterons de regarder leurs films... #MytheDeCinéma


Moment de complicité rare : Emma rit de Ryan qui vient de croquer dans une pomme en plastique.

On terminera cette critique par une petite astuce, par un petit secret beauté, que le beau Ryan (Ryan Gosling) nous offre dans les boni du DVD zone A. Si vous avez les cheveux gras et que vous ne voulez pas les laver, contentez-vous de suivre la technique suivante : avec un bon gros pinceau (taille 8), appliquez de la maïzena au niveau de vos racines. Attention, cependant, à ne pas abuser de la maïzena. Il en faut simplement tremper le bout du gros pinceau, que vous tapotez bien avant sur le rebord du lavabo. Après l'avoir appliquée avec soin, laissez reposer la mixture 10 minutes environ. Procédez ensuite à un bon petit brossage frénétique. Matez-vous alors dans la glace, et vous découvrirez des cheveux comme neufs ! Vous en doutez ? Demandez à EmmaStone... #MademoiZelle


Crazy Stupid Love de Glenn Ficarra et John Requa avec Ryan Gosling, Emma Stone et Steve Carell (2011)

15 janvier 2017

Mystic River

Comme tout le monde, on a longtemps cru que l'affiche était à l'envers, comme tout le monde, on l'a retournée au moment de la placarder au-dessus de notre lit. Mais non, aucun couac dans ce film cousu de fil blanc. Il serait trop long de faire le tour du casting et de présenter chaque force en présence. On peut se concentrer sur les trois têtes d'affiche. Commençons par celui qu'on voit de loin. Tim Robbins, qu'ils ont raccourci sur l'affiche pour ne pas qu'il mange la tagline, est là pour morfler, comme dans 99% de ses rôles, avec son regard d'agneau et son air de chien battu. L'autruche de Baltimore finit 9 films sur 10 la tête dans l'eau, et Mystic River ne fait pas exception à la règle. Excusez-nous pour le spoiler, mais qui n'a pas vu ce film ? Même quand il est sorti sur les écrans, tout le monde connaissait sur le bout des doigts le scénario diabolique imaginé par le malade Denis Lehaine, l'écrivain américain jadis maçon de profession qui sait bâtir des intrigues en béton armé et charpenter des personnages en bois massif. Sur Robbins, pas grand chose à rajouter. Il se contente d'encaisser les coups comme un phoque sur la banquise, vulnérable et adipeux, de nouveau pris pour cible, la faute à son charme naturel de charognard à la manque.


1er jour de tournage : Sean Penn sort de sa caravane et s'en prend à Tim Robbins. La prod' est obligée d'appeler la police pour calmer la vedette.

Attaquons-nous au gros morceau. Sean Penn dit avoir "tout appris" de ses deux métiers (acteur et comédien) sur ce film. Sous les ordres d'Eastwood, dont il partage les opinions politiques d'extrême-droite, la collaboration fit des étoiles. Habité et enragé par son rôle, Sean Penn, chaque matin, à peine sorti de sa caravane, surgissait sur le plateau tel un boxer trop longtemps calefeutré sur son tabouret dans l'angle du ring, et mettait des roustes à Tim Robbins, quant à lui clairement engagé à gauche (pour rappel, la "gauche" en Amérique correspond grosso mierdo à notre FN français), soit à l'opposé de l'échiquier politique au pays de l'Oncle Sam. 


 2ème jour de tournage : sur le qui-vive, la police stoppe un acteur trop préparé pour le rôle, juste avant que son pied ne touche le pas de la porte de sa caravane.

Sale ambiance sur le plateau, mais comme souvent au cinéma, c'est dans les pires conditions qu'on chie des pépites d'or. Pour preuves, l'animosité qui régnait entre Humphrey Bogart et Lauren Bacall, qui les a amenés à en découdre plus que souvent, ou encore Paul Newman et Bob Redford, dont l'inimitié légendaire a pourri plus d'une cérémonie prestigieuse (dieu merci le sang ne se voit pas sur un tapis rouge) et ruiné plus d'un tournage, mais accouché de quelques merveilles instantanées.


3ème jour de tournage : la colère ne faiblit pas. Avant même d'avoir pris sa douche et après une nuit de cauchemars, Sean Penn débaroule hors de sa caravane tel un lion hors de sa cage. Dieu soit loué, Tim Robbins est sous bonne garde.

Bref, le Penn, Shaüwn Penn, ce facho reconnu, qui est l'incarnation du smiley inversé (":-("), n'a pas eu à se forcer pour tirer une tronche de dix kilomètres de long avant, pendant et après chaque clap du maître de guerre Eastwood. Rappelons que ce dernier, peu de temps avant, incarnait son propre rôle de Casper dans le film Casper. Il faut donc bien dire que Mystic River a été le film coup de poing d'Eastwood, c'est à partir de là qu'il a renoué avec la critique et le succès. Les journalistes ont un peu mis de côté ses engagements politiques de fumier (ultra libéral, chacun pour sa peau, oeil pour oeil dent pour dent, an eye for an eye et and a tooth for a tooth, l'oeil était dans la tombe et regardait Casper, pro-NRA, pro-IVG, go-vegan, healthyfood, fitness therapy, etc.), pour le consacrer grand manitou du cinéma américain néo-classique aux côtés de Cristi Puiu et Cristian Mungiu. Nous ne tarirons pas d'éloges sur ce film, puisqu'on vient de lui en faire pas mal. 


 Dernier jour de tournage : Sean Penn n'aura pas réussi à "se faire" Tim Robbins. Plusieurs policiers de Baltimore sont mis au vert pour quelques mois. Ceux-là mêmes qui disent avoir régulé le soulèvement de Los Angeles en 1963 affirment avoir eu plus de difficultés à maîtriser "le Penn".

Ce film nous a marqués à jamais (si c'est bien dans celui-là qu'un vieux raciste apprenti boxer récure sa bagnole en proposant un échange entre un petit gamin et un joueur de rugby à qui il répète en boucle "Mo Cuisha") - sacré Lehaine ! On se souvient encore de cette image finale, un regard-caméra d'école, où Kevin Bacon, sis à côté de Laurence Fishburne à l'enterrement de feu l'innocent et saint Tim Robbins, fixe le Penn du regard (et à travers lui le spectateur, complice de sa culpabilité) en lui adressant un clin d’œil qui veut dire "Je sais tout, et je ne ferai rien, puisque t'as déjà neigué Robbins, qui de toute façon allait finir comme tel". Un deus-ex-machina qui nous laisse pantois. Décidément, cette rivière sur laquelle on voit défiler le cadavre de Robbins, gonflé d'eau comme un gnou ayant su échapper aux crocos mais un peu trop soiffard, était vraiment mythique. Le dicton ne dit-il pas : "Reste le cul vissé à la berge, tu verras passer le corps de Tim Robbins" ?


Mystic River de Clint Eastwood avec Sean Penn, Tim Robbins, Kevin Bacon, Lawrence Fishburne, Laura Linney (2003)

11 janvier 2017

In a Valley of Violence

Ti West s'essaie au western et s'entoure, pour la première fois de sa carrière, de deux vedettes : Ethan Hawke et John Travolta, dont l'affiche nous promet la confrontation. Nous étions donc très curieux de voir le résultat, d'autant plus que, malgré les déceptions, Ti West reste un cinéaste au potentiel évident. Malheureusement, il est aussi comme cet élève auquel le prof dit toujours "peut mieux faire". Peut-être par manque de confiance en lui, par je-m'en-foutisme ou par bêtise, West déçoit et frustre systématiquement. Ce réalisateur est clairement limité, c'est un fait, mais il cède aussi aux attraits d'un certain confort, avec la volonté de plaire aux amateurs de 'ti films de genre, s'en tenant à sa formule toute faite et facile, qui mêle un ton de série B directe, efficace et à l'ambition affichée avec un second degré forcé et un scénario trop maigre, dénué de toute dalle terrassée en béton armé susceptible de le retenir au sol face au vent.




In a Valley of Violence se regarde sans déplaisir mais le réalisateur semble se complaire dans ce ton semi-décalé qui parasitait déjà certains de ses précédents films et l'empêche de prétendre à signer des films d'une plus grande envergure. Et pourtant ! On a quand même droit à vingt minutes de perfection, qui expliquent la présence de ce film dans tous les tops de fin d'année (signés par les gens un peu éclairés disons). Pendant ces vingt minutes initiales, Ethan Hawke étale toute sa classe : il est beau comme un cœur. Ethan assume enfin ses rides, ses cicatrices, les ravages de son acné et ses innombrables stigmates dus à mille problèmes de peau. La séquence d'ouverture est un pied de nez à tout le cinéma de Tarantino, qu'elle fera crever de jalousie. Soulignons la qualité des dialogues, la plume de Ti West (qui faisait déjà des belles choses dans Innkeepers, malgré de gros gros temps morts dus à ces dialogues abscons qui rendaient le film à chier). Et puis durant ces vingt premières minutes, Ethan Hawke est accompagné par le meilleur chien vu à l'écran depuis Belle Lurette (le chien errant qui prenait des coups de genoux des passants à la sortie des usines Lumière dans le film La Sortie des usines Lumière des frères Lumière, dont le titre intégral était à l'origine "La Sortie des usines Lumière et le chien qui prend des gros taquets", plus long à prononcer que le film à regarder).




On adorerait suivre Ethan Hawke et son chien pendant 1h15, sans scénario, un Lucky Luke des temps modernes où Jolly Jumper aurait troqué sa place contre un chien des quais. Hélas, Ti West nous prive de ce régal et se réfugie dans un schéma très classique de film de vengeance, faisant de la mort du chien le pivot de l'intrigue et le motif (un peu léger) d'une fusillade géante, de la mise à mort méthodique de toutes les personnes impliquées de près (ou de très loin : un village entier) dans la mort de l'animal. On perçoit bien la volonté chez Ti West de tourner en dérision le genre en remplaçant l'habituelle épouse égorgée (ou autre famille ratiboisée) du héros rangé des bagnoles par un chien de prairie, et en clôturant le film sur une sorte de blague absurde...




... mais au lieu de franchement se marrer (Ti West n'allant pas assez loin, et ne faisant pas toujours dans la dentelle), on regrette que les personnages, par ailleurs bien croqués et bien campés par des acteurs qui ont foi dans le projet, n'aient pas droit à une histoire à leur hauteur. C'est vrai d'Ethan Hawke lui-même mais aussi de John Travolta, qui a fière allure, assume enfin son âge (43 ans), tient bien son rôle de shérif dégoûté par son propre fils (ne sachant plus quoi en faire), et se montre consterné par la tournure des événements (on dirait que le personnage connaît le scénario, quand il n'arrête pas de répéter : "Mais c'est tellement con !"). Enfin... In a Valley of Violence reste le 15ème meilleur film de l'année, pour les gens un peu éclairés et au fait de l'actu ciné.


In a Valley of Violence de Ti West avec Ethan Hawke, John Travolta, Taissa Farmiga, Karen Gillan et James Ransone (2016)

8 janvier 2017

Bilan 2016





http://ilaose.blogspot.fr/2016/03/un-jour-avec-un-jour-sans.html
1. Un jour avec, un jour sans de Hong Sang-Soo


2. Toni Erdmann de Maren Ade


http://ilaose.blogspot.fr/2016/03/bone-tomahawk.html
3. Bone Tomahawk de S. Craig Zahler


4. L'avenir de Mia Hansen-Love


5. Rester vertical d'Alain Guiraudie


http://ilaose.blogspot.fr/2016/12/personal-shopper.html
6. Personal Shopper d'Olivier Assayas


7. The Assassin de Hou Hsiao-Hsien


 8. Carol de Todd Haynes


9. The Neon Demon de Nicolas Winding Refn


10. Victoria de Justine Triet


11. Julieta de Pedro Almodovar


12. La Loi de la jungle d'Antonin Peretjatko


13. The Strangers de Na Hong-jin


14. Paterson de Jim Jarmusch


15. In a Valley of Violence de Ti West


On était à la bourre sur 2015, mais on est à fond sur 2016 (19 films de 2016 critiqués sur le blog à ce jour, record de la blogosphère !). On a vu de nombreux longs métrages cette année (d'où le peu de critiques, on était souvent en salles...), et on veut aider notre prochain. On sait trop ce que c'est de passer les fêtes de fin d'année entre deux téléviseurs pour rattraper le retard et boucler un top d'au moins 10 titres onze mois plus tard. Que dire de ce bilan (outre la giga surprise de cul de classement) ? Nous n'avons eu aucun mal cette année à dresser un top satisfaisant pour l'un comme pour l'autre, chacun a pu placer ses pépites sans démoraliser l'autre (ou preeeeeesque), et en fion de classement on a juste mis un film qu'on a vu tous les deux... un film qui tombait à pic pour éjecter Elle, poids-lourd de l'année qui n'a pas du tout fait l'unanimité au sein de la rédac' (aucun de nous n'est maso, contrairement à Elle, le personnage éponyme, et pourtant nous avons échangé pas mal de coups et de blessures à propos de ce film). Vous retrouvez dans le trio de tête Bone Tomahawk, qui est là pour dégoûter tous les Quentin Tarantino et compagnie, pour leur rappeler qu'avec un peu d'humilité (trois chevaux, un mec qui boîte et un bone tomahawk), on peut encore réaliser un western qui tienne la route et qui sente la poussière. A ce titre, on peut peut-être saluer Claude Lelouch (c'est rare dans nos pages, première fois ever, et dernière), qui était président du jury à Gérardmer et qui a su distinguer le grain de l'ivraie en couronnant le film de ce cher Bone Tomahawk (un réalisateur à suivre), le préférant à The Witch, film d'horreur indé couvert d'éloges réalisé par un petit faiseur hipster qui méritait qu'on le renvoie à son brouillon. Au top de ce top, une excellente soirée pour l'autre, un grand film pour l'un, venu de Corée et signé du sosie officiel de l'un d'entre nous. A part ça, d'autres bons films. Et puis il y a des absents, par exemple Homeland et Le Bois dont les rêves sont faits, que nous n'avons pas vus et qui n'ont pas leur place ici puisqu'il s'agit de mockumentaires, de même que nous n'avons pas cité Stranger Things ou Ma Loute, qui sont des séries télévisées et n'ont donc rien à foutre dans un top ciné. Nous ne pouvons pas tout voir, n'ayant que 4 yeux. Nous sommes aussi passés à côté d'Aquarius et de Toni Erdmann, le film tant acclamé de Maren Ade, que l'on a quand même mis en 2, pour la crédibilité du classement (même si du coup on vient d'annihiler toutes nos chances à ce niveau-là).

3 janvier 2017

Premier Contact

Au début, on a l'impression que se joue quelque chose d'important. On a hâte de rencontrer ces extraterrestres, de rentrer dans leur suppositoire géant, et de savoir ce qu'ils pourraient bien vouloir nous dire. Si l'on passe les fautes de goût lors de ces faux flashbacks à l'image embuée dégueulasse, toute la première partie du film est assez réussie et particulièrement captivante. Nous sommes même scotchés lors de la première rencontre, de loin le meilleur moment du film, avec cette belle idée d'inversion de la gravité une fois arrivé dans le vaisseau, où les visiteurs sont invités à faire un saut pour se retrouver debout, à la verticale. Nous sommes prêts à suivre la linguiste incarnée par Amy Adams dans ses recherches, pas à pas, quitte à manger des dialogues explicatifs lourdingues, ici plutôt bien emballés. Nous y croyons dur comme fer et nous pensons effectivement avoir mis la main sur ce chouette film de SF vanté par les critiques unanimes. 




Hélas, tout cela se délite progressivement. D'abord, quand Denis Villeneuve accélère maladroitement le rythme de son récit via la voix off du chercheur campé par Jeremy Renner qui nous explique les avancées des recherches pour décrypter le langage alien. On se sent alors comme abandonnés dans la dynamique du film. Et ensuite, quand les relations avec les aliens sont temporairement coupées, Premier Contact perd alors définitivement son souffle et l'intérêt de son départ canon, et s'enchaînent les incohérences (la bombe amenée tranquillement dans le vaisseau...) ou les facilités de scénario (ce petit cours de géopolitique du pauvre...). 




Enfin, quand nous comprenons le fin mot de l'histoire, on se demande bien comment il aurait été possible de se passionner et de vibrer pour ce drame intimiste concernant des personnages si désincarnés, ennuyeux et sans substance. Amy Adams fait tout son possible, mais que peut-on dire de son personnage ? Il n'existe à aucun moment. C'est une linguiste persévérante, pugnace... et quoi d'autre ? Jamais on ne la voit vivre, rire (le film se prend drôlement au sérieux), dans son immense baraque où elle ne fait que se servir des verres de vin blanc devant la gigantesque baie vitrée ou admirer les mille bouquins qui trônent sur ses étagères pour nous rappeler qu'on tient là une vraie intellectuelle. Très triste aussi est la romance qui finit par lier les deux chercheurs. Le terme de "romance" est d'ailleurs bien fort puisqu'il ne se passe strictement jamais rien entre eux. Denis Villeneuve est bien incapable de nous faire ressentir quoi que ce soit. Quand, à la fin du film, Jeremy Renner déclare sa flamme et dit à sa collègue, "J'ai passé mon temps à regarder dans les étoiles alors que j'avais tes eins sous les yeux...", la tirade est bien sentie, mais c'est un peu tard. 




Par ailleurs, Premier Contact est encore un film qui veut véhiculer un beau message sur l'humanité, ici appelée à apprendre à communiquer et à agir collectivement, mais où celle-ci trouve néanmoins son salut à travers les actes d'un personnage peu à peu doté de facultés hors normes. Est-il impossible de délivrer un tel discours sans prôner l'héroïsme le plus bêta ? Alors certes, le film de Denis Villeneuve aborde des questions intéressantes, il paraît traiter avec intelligence et une finesse inhabituelle le thème de la rencontre extraterrestre. Mais faut-il que la concurrence se porte mal pour qu'un tel film se fasse tant remarquer. La complexité d'apparat, la triste froideur et le sérieux plombant de Denis Villeneuve rappelant le cinéma de sieur Nolan, il y a somme toute une logique en ce bas monde... 


Premier Contact de Dennis Villeneuve avec Amy Adams et Jeremy Renner (2016)

30 décembre 2016

The Assassin

Autant le dire tout de suite, je n'ai pas tout pigé, vraiment pas tout, à cause des intrigues politiques, des noms chinois difficilement assignables, des personnages qui se ressemblent et des éléments de scénario obscurs (les combats où les adversaires se retirent après deux coups sans qu'on sache trop pourquoi ; la fumée autour de la femme enceinte !), mais peu importe parce que c'est extrêmement beau, à chaque seconde. C'est le genre de film qui fait penser avec beaucoup de peine à tous ces réalisateurs qui n'arrivent pas à pondre un plan correct dans leurs films alors que tous les plans de Hou Hsiao Hsien (lauréat du prix de la mise en scène à Cannes en 2015), tous sans exception, sont sublimes et donnent autant à s'émerveiller qu'à méditer. Ce film est à voir comme on lit un poème : il y a des vers sibyllins sur lesquels on passe sans les comprendre mais sans qu'ils n'enlèvent rien (au contraire) à la beauté de l'ensemble.





Dans la Chine du IXème siècle, Nie Yinniang (Shu Qi), revenant d'un long exil auprès d'une nonne qui a fait d'elle une redoutable assassine, a la mission de tuer son propre cousin et ancien prétendant, Tian Ji’an (Chang Chen), alors en dissidence vis-à-vis de l'empereur. Seulement Yinniang a la faiblesse de laisser parler ses sentiments et sa sensibilité, comme nous le révèle la scène d'introduction, filmée dans un splendide noir et blanc, où elle refuse d'exécuter un homme accompagné d'un enfant. Mais au fond, l'histoire, que j'ai d'ailleurs peut-être mal résumée, est secondaire, en tout cas dans les détails. C'est surtout les grandes lignes, les thèmes, qui comptent, la façon dont Hou Hsiao Hsien les met en scène.





On ne compte pas les moments de grâce, car chaque plan en est un ou presque. Quand il compose un plan d'ensemble incroyable sur un paysage, Hou démarre au bout de quelques secondes un lent panoramique pour cadrer un personnage mobile ou statique dans l'espace adjacent, et si, un court instant, on se dit qu'il est fou de mettre en danger le plan fixe de départ, on se ravise très vite, car le mouvement et le cadre sur lequel il s'achève ont ajouté à la beauté initiale. Hsia joue avec la profondeur de champ grâce à tout un système de voiles superposés dans l'image et de scintillements qui évoquent la figure fantomatique de l'héroïne, assassine et espionne invisible. 






Un plan est particulièrement marquant : celui où, après avoir écouté la conversation de son cousin et sa maîtresse, après avoir été surprise, après s'être battue avec son cousin et après lui avoir révélé son identité, Yinniang revient dans la même chambre pour ne rien rater de la suite de la discussion à son sujet. On voit alors la jeune femme apparaître entre deux tentures, puis, à la faveur d'un de ces flottements de la caméra de Hsien, qui donnent au film ce sentiment d'apesanteur, la silhouette de l'assassine, les contours de son visage, se confondent dans les motifs superposés des voiles qui la dissimulent, comme si elle était réellement capable de se fondre dans le décor. Cette femme trahie, condamnée à disparaître de la circulation et à vivre en spectre meurtrier, toujours absente à elle-même, s'efface littéralement sous nos yeux, et dans le même temps, celle dont tout le monde parle est dès lors potentiellement tapie dans chaque image du film, cousues les unes aux autres par ce fait. Or justement, le regard porté par le cinéaste sur les visages, les intérieurs et les paysages (avec ce grain de l'image qui les rend plus présents encore, qui donne corps à Yinniang même quand l'histoire la prive de sa vie), et cette coexistence, jusqu'à la confusion, des êtres et de l'espace, sont pour beaucoup dans la poésie qui émane de l'ensemble.


The Assassin de Hou Hsiao Hsien avec Shu Qi et Chang Chen (2016)

27 décembre 2016

Bilan 2015




http://ilaose.blogspot.fr/2015/02/it-follows.html
1. It Follows de David Robert Mitchell


http://ilaose.blogspot.fr/2016/04/la-sapienza.html
2. La Sapienza d'Eugène Green


http://ilaose.blogspot.fr/2015/12/slow-west.html
3. Slow West de John Maclean


 4. L'ombre des femmes de Philippe Garrel


5. Notre petite sœur de Hirokazu Kore-Eda


6. Mad Max : Fury Road de George Miller



7. Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore



 8. Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin


 9. Jauja de Lisandro Alonso


10. Félix et Meira de Maxime Giroux


On accuse un léger retard sur 2015, mais le taff est là. On a même un top 10 assez original, avec pour la première fois un film venu du Québec : Félix et Meira, dans lequel au moins l'un des deux auteurs de ce blog s'est reconnu (l'autre ne s'appelant pas Meira  - nota bene : juste tapez Hadas Yaron dans Google). Petite mais sympathique année de cinéma. Peut-être découvrirons-nous la grosse pépite de 2015 en 2025. Hâte d'y être. En attendant nous avons choisi de mettre en exergue des films qui parfois surprendront (suivez notre regard vers La Sapience, qui rend presque tout le monde complètement jobard, ou vers Slow West, western certes petit par la taille mais grand par le charme). Dans ce top, plusieurs films qui divisent notre comité de rédaction, du fait qu'un membre les a vus et pas l'autre, ou vice versa. Vous aurez peut-être vu le numéro 6 de ce classement, qui a fait causer de lui à sa sortie, et que nous reconnaissons comme un film d'action efficace, revu avec plaisir (quand bien même George Miller n'avait rien à foutre sur le siège de président du festival de Cannes 2016 ; d'ailleurs, en passant, un mot sur Cannes 2016 : quand on regarde le top des Cahiers du Cinéma, on croise 8 films sélectionnés en compétition officielle sur le tapis rouge, sauf le grand gagnant, aka le Ken Loach, ce qui en dit long sur le palmarès merdique de sir Miller). D'autres films nous ont plu, mais il leur manquait un petit quelque chose pour figurer dans ce classement, comme Contes italiens ou Caprice. Nous sommes aussi passés à côté de quelques titres importants, du fait de leur format quelque peu contraignant, notamment le Kiyoshi Kurosawa, le Apichatpong Weerasethakul ou la trilogie de Miguel Gomes. Dieu nous pardonne. Mais faisons amende honorable. D'ailleurs, si on va par là, il y a tout un pan du cinéma mondial que nous autres occidentaux laissons systématiquement dans l'ombre, il s'agit du cinéma indien, de Bollywood, qui truste le Top 100 des meilleurs films mondiaux sortis depuis 2014 sur Imdb, avec des titres comme Yapisik Kardesler, Jaatishwar, Aagadu, Duu duu, Pouslanana emulcafé, Yusuf Yusuf ou encore Vikramadithyan. Logiquement, si on les avait vus, ces sept merveilles du 7ème art seraient indiscutables dans les premières lignes de notre classement, qui par conséquent n'a aucun sens ni aucune valeur.