22 mai 2017

Bon rétablissement !

Enfermer dans une chambre d'hôpital un Gérard Lanvin amoindri mais plus irascible que jamais, remonté comme une pendule, chauffé à blanc, et donc prêt à sauter à la gorge du moindre visiteur : l'idée me plaît beaucoup ! Et c'est bien ce que nous propose essentiellement (en tout cas ce que je préfère retenir) ce nouveau film de Jean Becker, promis par son affreuse affiche comme une "comédie". On pouvait donc espérer quelque chose de léger, loin des derniers films minables du cinéaste moustachu qui se terminaient tous par la mort d'un personnage principal dont on apprenait à mi-parcours qu'il était atteint d'une maladie incurable (triste ficelle scénaristique bien pratique pour boucler des films n'allant nulle part et espérer émouvoir le quidam).




Rien de tel ici, même si l'on craint bien longtemps qu'une intrigue bidon ne se développe pour nous expliquer pourquoi et comment Lanvin a été retrouvé dans la Seine avant d'atterrir dans un lit d'hôpital, grièvement blessé. Les quelques venues de Fred Testot, qui campe un flic enquêtant sur l'affaire et trouve ici son meilleur rôle au cinéma (un constat d'une tristesse inouïe mais qu'il faut bien établir !), sont autant de moments où l'on redoute d'apprendre que Lanvin est impliqué dans une sombre histoire policière ou autre affaire de règlements de compte entre truands... Heureusement, rien de tout ça n'arrive, et la découverte du fin mot de l'histoire, lors des ultimes minutes de ce film qui a comme autre avantage d'être très court, nous vaut un twist digne des heures de gloire de Shyamalan et nous offre une belle scène de course-poursuite dans les rues de Paris : Gérard Lanvin, en robe de chambre, essayant tout simplement de rattraper son chat en fuite ! [/spoiler off]




Si Jean Becker est au cinéma ce que la marque Tribord est au monde de la mode vestimentaire, reconnaissons-lui tout de même une qualité non négligeable : il n'a pas son pareil pour mettre ses acteurs à cran et immortaliser leurs coups de sang sur pellicule. On se souvient des dérapages de Patrick Chesnais dans Bienvenue parmi nous et des accès de colère d'Albert Dupontel dans Deux jours à crever. Ici, on se régale de voir Lanvin enrager pour une porte malencontreusement laissée entrouverte, pester contre un plateau repas jugé trop fade, s'énerver sur une gamine qui lui subtilise son ordi portable, prendre pour cible le personnel de l'hôpital, etc. Très peu échappent au courroux de Lanvin, pour notre plus grand plaisir ! A un bon rythme, ses coups d'éclat s'enchaînent et nous permettent de tenir bon.




Hélas, vers la moitié du film, Jean Becker croit tout de même judicieux d'étoffer son si maigre scénario en levant le voile sur la triste vie du personnage principal. Veuf, sans enfant ni vraie famille, vivant seul, son unique espoir de bonheur réside en Anne-Sophie Lapix (qui n'est pas du tout faite pour le grand écran, que cela soit dit), une musicienne avec laquelle il vivait tout juste les prémices d'une romance salvatrice. Quelques flash-backs tout gris et d'une laideur folle nous en apprennent plus sur le rôle de Lanvin au sein de sa fratrie (Jean-Pierre Darroussin, étonnamment éteint, vient souvent le voir à l'hosto, il joue son petit frère alors qu'on aurait plutôt imaginé l'inverse étant donné l'état de délabrement de son dos). Tout ça permet peut-être à ce Bon rétablissement d'atteindre la durée minimale d'un long métrage mais on s'en serait bien passé. Personnellement, le spectacle d'un Lanvin à bout de nerfs me suffisait amplement !


Bon rétablissement ! de Jean Becker avec Gérard Lanvin, Jean-Pierre Darroussin, Anne-Sophie Lapix et Fred Testot (2014)

14 mai 2017

Get Out

Un carton inattendu au box office, des critiques dithyrambiques à la pelle, saluant combien le film tombe à pic et résonne dans l'actualité de l'Amérique de Donald Trump, je ne pouvais pas rester très longtemps sans avoir vu Get Out, le nouveau phénomène du cinéma d'horreur indé US. Il s'agit du premier long métrage de Jordan Peele, un comique américain apprécié qui s'essaie donc au genre en abordant de manière très frontale la question du racisme, à travers le récit glaçant de la première venue en belle famille wasp d'un jeune photographe noir. J'étais très curieux de découvrir comment les choses allaient tourner mais il faut avouer que j'étais également un peu méfiant à l'égard d'un tel buzz... Et ma méfiance a hélas été confortée.




Get Out a des qualités indéniables, mais toutes relatives : celles du rythme et de l'efficacité. Mais à l'exception de quelques bonnes idées qui se comptent sur les doigts de la main, Jordan Peele s'avère bien incapable de faire réellement naître la tension et sa mise en scène apparaît vite très limitée. On a un peu l'impression d'être devant une série tv un peu soignée, les acteurs n'aidant pas. C'est ici le talent de scénariste de Jordan Peele qui lui permet de tenir la longueur, car Get Out a cette capacité qu'il faut bien lui reconnaître : il parvient à nous captiver du début à la fin, à nous laisser toujours dans l'expectative, désireux de connaître la suite des événements. Tout s'enchaîne à un bon rythme, et le cinéaste tient la cadence, malgré des incohérences qui nous agacerons seulement plus tard. 




Le temps du film, nous sommes donc dedans, bien scotché devant, et il n'est pas question d'en sortir, malgré la lourdeur du message asséné que l'on doit supporter dès les premières minutes et en dépit d'un côté prévisible, inéluctable, fataliste, des événements racontés. Une fois que le générique final se met à défiler sous nos yeux, nous nous rendons compte de la vacuité et de la facilité de l'ensemble. Et quelques heures plus tard, il n'en reste plus rien. Get Out, c'est 100 minutes que l'on trouvera plus ou moins divertissantes, à passer de préférence entre amis ou dans une salle réceptive, avec l'envie de rire ensemble, mais 100 minutes qui ne laissent finalement aucune trace, si ce n'est un léger agacement... 




A posteriori, on s'interroge même sur l'intérêt de certaines directions choisies par l'auteur et je recommande ici à ceux qui n'ont pas encore vu le film de fermer les yeux sur les lignes suivantes. Quel intérêt, par exemple, d'effectuer le "transfert des esprits" par des opérations chirurgicales, alors que le scénario met d'abord en avant la manipulation psychologique via l'hypnose, si ce n'est de nous offrir quelques timides images gores ? Et, malgré l'efficacité démontrée de ce transfert, pourquoi le comportement des domestiques est alors si clairement ambigu, si ce n'est par commodité scénaristique, pour instiller le doute dans l'esprit du personnage principal et des spectateurs ? En réalité, Jordan Peele fait donc un peu ce qui l'arrange pour alimenter l'efficacité de sa vaine entreprise. 




En outre, le cinéaste ne réussit pas tout à fait son mélange des genres. Get Out a le séant entre plusieurs chaises et échoue pratiquement dans tous les domaines. L'aspect comique du film ne paraît pas poussé assez loin pour pouvoir pleinement fonctionner. Les personnages sont trop antipathiques, à commencer par l'ignoble beau-frère (le hideux Caleb Landry Jones) et sa sœur (la très télévisuelle Allison Williams), totalement invraisemblable. Même le héros, incarné par Daniel Kaluuya, paraît bien fade et on se fiche un peu, au fond, de ce que sa belle-famille lui réserve. Son ami douanier (Lil Rel Howery), seul rôle ouvertement comique, est presque drôle. J'ai bien dit presque. On rigole à peine quand, après le carnage, il dit très simplement à son pote "Je t'avais bien dit de ne pas y aller".




Get Out aurait aussi pu s'inscrire à point nommé dans cette vague de peur sectaire, très productive ces dernières années (qui a donné lieu à quelques réussites comme Kill List, Faults ou Sound of My Voice, et quelques autres tentatives plus ou moins ratées telles Red State, Martha Marcy May MarleneThe Sacrament ou, tout récemment, The Invitation), en nous dépeignant une grande famille wasp aux pratiques et aux idées bien étonnantes. Mais là encore, c'est très pauvre et un peut trop benêt. Nous ne ressentons aucune espèce de paranoïa au milieu de tout ce beau monde, cet aspect-là étant totalement survolé. Le film a aussi bien du mal à se faire une place au sein de ses aînés. On pense d'ailleurs beaucoup à The Stepford Wives, le thriller satirique de Bryan Forbes, adapté d'un livre d'Ira Levin, où ce sont les femmes qui étaient vidées de leur humanité ; mais cette référence en dit également assez long, car on était déjà bien loin du chef d'oeuvre en 1975... 

Get Out est donc simplement un joli coup. Un film intelligemment opportuniste et en réalité assez bête que l'on aura tôt fait d'oublier. Une déception.


Get Out de Jordan Peele avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener et Bradley Whitford (2017)

9 mai 2017

The Lost City of Z

Décidément James Gray ne déçoit pas. Son dernier film en date est, c'est bête à dire mais vrai, un plaisir. Assez simple d'aspect, sans grands effets de manche ou surprises flagrantes, d'un classicisme évident, caractéristique du cinéaste, dans le même temps d'une grande beauté et d'une grande force, The Lost City of Z fait le portrait de Percy Fawcett (impeccablement interprété par Charlie Hunnam), un colonel d'armée irlandais, jeune père de famille et héritier d'un nom en disgrâce auprès de la noblesse britannique, envoyé au début du 20ème siècle par la Société Géographique Royale d'Angleterre en Amérique du sud pour cartographier la frontière entre le Brésil et la Bolivie, pour finalement y découvrir avec passion, bientôt jusqu'à l'obsession, les vestiges d'une civilisation perdue.




On est si bien dans ce film qu'on aimerait qu'il dure encore et encore, malgré le côté éventuellement répétitif des allers et retours de Fawcett entre l'Europe et l'Amérique du sud (ce serait sans compter sur le talent de conteur de Gray, y compris pour confronter l'exploration de la jungle du Nouveau Monde aux ravages de la guerre des tranchées dans les terres rasées de la vieille Europe). Certains éléments auraient d'ailleurs mérité d'être plus creusés, au détriment d'autres comme la querelle avec James Murray (Angus MacFadyen), membre de la société de géographie, ventripotent et lâche, prêt à suivre la troupe de Fawcett pour la trahir sans vergogne.




Je pense par exemple à l'instant où Fawcett découvre pour la première fois les traces de la civilisation Maya, près de la cascade que ses hommes et lui atteignent lorsqu'ils touchent au but de leur quête initiale. Idem pour la rencontre avec le peuple Guarani, pour la relation avec Henry Costin (Robert Pattinson), ou celle qui unit Percy à son épouse, certes déjà passionnante dans la très belle scène où Nina (Sienna Miller) se plaint de ne pas pouvoir partir à l'aventure à son tour. On aurait même pu souhaiter que James Gray se dégage un rien de tout souci de vraisemblance historique pour embrasser la fiction en libérant la femme de Fawcett du joug de son temps pour l'envoyer sur le terrain comme elle le souhaitait ; même si le cinéaste lui fait cette promesse dans l'ultime et magnifique plan du film.




Il est permis en effet de reprocher un manque d'ampleur, de tension, ou de folie, à James Gray. Y compris dans la relation qu'il fait de l'exploration au cœur d'une nature hostile, dans la jungle habitée par les peuplades indiennes ou sur le fleuve que longent les cartographes. Mais le film fait déjà énormément, évidemment, penser, entre autres, à Aguirre, et Gray, évitant de tomber dans le pastiche ou la redite, semble s'appuyer sur notre mémoire de Joseph Conrad ou Werner Herzog, et n'a pas besoin d'en faire beaucoup plus pour qu'on sache de quoi il parle et qu'on le traverse malgré tout.




Le film est habité par ces récits et peut donc plus sûrement dresser le portrait de son personnage obsessionnel, fasciné par l'objet de ses recherches  jusqu'à une forme de folie, au point de délaisser puis d'embarquer sa famille, ce personnage souvent coupable que le cinéaste ne soumet jamais à un jugement simpliste, préférant nous questionner sur son comportement et nous communiquer quelque chose de sa passion, de sa curiosité à toute épreuve, de sa soif d'en savoir plus. Car la plus grande force de The Lost City of Z est certainement là, liée à ce que l'on avait d'abord pris pour un défaut : ces manques, ces envies d'en voir plus évoquées plus haut, ces fantasmes de scènes, de récits, d'aventures qu'il sait susciter.


The Lost City of Z de James Gray avec Charlie Hunnam, Robert Pattinson et Sienna Miller (2017)

5 mai 2017

Paterson

A propos de son dernier film en date, Jim Jarmusch a dit : « Paterson raconte une histoire tranquille, sans conflit dramatique à proprement parler […] Le film se veut un antidote à la noirceur et à la lourdeur des films dramatiques et du cinéma d’action. C’est un film que le spectateur devrait laisser flotter sous ses yeux, comme des images qu’on voit par la fenêtre d’un bus qui glisse, comme une gondole, à travers les rues d’une petite ville oubliée. » Ce propos contient et réunit assez bien les petits défauts et les grandes qualités de ce film, qui fait le portrait de son personnage éponyme, un chauffeur de bus poète, parcourant, observant, écoutant et écrivant chaque jour la ville dont il porte lui-même le nom. Commençons par les menus défauts. 




A trop vouloir prendre le contrepied des grosses productions à lourds sabots, téléguidées et prévisibles, Jarmusch crée lui-même des attentes qui semblent n'être suscitées que pour être déjouées, de façon quelque peu factice. On redoute par exemple que le bulldog anglais de la fiancée (Golshifteh Farahani) de Paterson (Adam Driver) ne soit enlevé devant le bar où il le laisse sans surveillance pour aller boire un coup avec des amis chaque soir en rentrant de sa tournée de bus, surtout après la scène où des types à casquettes en bagnole l'interrogent sur ce chien qui, apparemment, coûterait cher. Or ceci n'a pas d'intérêt puisqu'il ne se passe rien de cet ordre (au contraire, c'est Paterson qui aura des raisons d'en vouloir à sa compagne quant au maudit clébard).




J'adresserais un deuxième reproche au film, qui est plutôt un regret. Concernant le personnage de la fiancée de Paterson, qui n'est pas inintéressant mais que j'aurais voulu plus développé, moins caricatural. Elle donne parfois l'impression de n'être là que pour servir la soupe au personnage principal, ce grand dadais calme, souvent silencieux, observateur taciturne du quotidien, en incarnant à elle seule toute une batterie de clichés (la fille gaga de son chien hideux, qui cuisine du quinoa, redécore tout son appartement à longueur de temps, achète une guitare à 400 dollars pour devenir une star, etc.), qu'elle ne parvient qu'à peine, et assez miraculeusement, à dépasser.




Mais heureusement, ces défauts n'entachent pas vraiment l’œuvre, Jarmusch ayant parfaitement réussi à créer les conditions pour que son spectateur puisse vivre ces deux heures comme il l'espérait dans la phrase citée en début d'article. Son film a bel et bien quelque chose d'un poème, au-delà de ce que cette comparaison peut avoir de banale et de convenue pour évoquer tout film plus ou moins lent ou contemplatif. On trouve dans Paterson ce côté libre et mouvant du poème. C'est un film tranquille, simple, mais qui n'oublie pas de dissoner, avec ses surgissements de bizarrerie, et qui allie la très forte présence du réel, pris pour ce qu'il est, à une sorte d'au-delà sans mystique, bien de ce monde. Le personnage principal (très bien interprété par Adam Driver), intériorise un sourire quand il écoute les conversations de ses passagers, et on sent qu'il aimerait continuer à écouter encore longtemps la petite fille qui lui lit son poème sur la pluie, qu'il aimerait même la connaître, la revoir, pouvoir l'écouter davantage. On le voit soucieux de la présence, de la place et de la puissance d'incarnation, d'évocation, des mots, que Jarmusch inscrit intelligemment sur l'image, sur le pare-brise du bus sinuant dans les rues de la ville et reflétant le ciel, les façades, les passants. Paterson est attentif aux choses, obsédé par les liens entre les paroles entendues et les événements les plus minimes autour de lui (comme les jumeaux/jumelles qui surgissent sous ses yeux). Jim Jarmusch parvient ainsi à bien parler de poésie, d'écriture, de la ville et de comment on peut écrire la ville. Ce n'est pas rien.


Paterson de Jim Jarmusch avec Adam Driver et Golshifteh Farahani (2016)

20 avril 2017

The Ridiculous 6

Avouons-le d'emblée : The Ridiculous 6 n'est pas un grand Adam Sandler. L'acteur comique, qui était au top de sa forme et totalement en roues libres dans That's My Boy et Jack & Jill, apparaît ici presque éteint, aux côtés de la très belle troupe qu'il a su réunir. Son nouveau film a les défauts que l'on peut tout à fait prévoir à la seule lecture de sa fiche technique. 119 minutes, c'est trop long, beaucoup trop long pour un film comique de ce genre-là. The Ridiculous 6 démarre d'ailleurs très mollement et l'on sait tout de suite que nous tenons-là un petit cru. Et puis ça décolle progressivement, à mesure que la petite bande s'agrandit. Mais voici l'autre défaut : bien trop de personnages comiques (à commencer par les six tocards du titre, mais la bande rivale menée par Will Forte est pas mal non plus), dont le potentiel véritable n'apparaît pas suffisamment exploité. Luke Wilson, par exemple, a quelques bons petits moments, il nous rappelle encore qu'il pourrait tout à fait porter sur ses seules épaules une comédie débile de cet acabit, ou être l'alter ego idéal d'une star de l'humour dans un buddy movie rêvé, et l'on regrette quasi systématiquement qu'il n'ait pas plus de place là-dedans.




A vrai dire, les six personnages principaux sont tous plutôt réussis, d'un pouvoir comique que l'on saisit immédiatement, mais aucun n'est véritablement marquant. L'un ou l'autre nous amuse de temps à autre, et guère plus. Le film a beau durer deux longues heures, il ne réussit jamais complètement à tirer le meilleur de son casting, de la plupart des situations dans lesquelles les six débiles se retrouvent empêtrés. Plus dommage encore, l'humour manque trop souvent sa cible. Le pourcentage de vannes ratées est bien trop élevé, certains effets comiques tombent tristement à plat, d'autres sont trop attendus et faciles. On se dit alors que Sandler aurait peut-être dû consacrer moins d'énergie à réunir un casting impressionnant et consacrer plus de temps à retravailler ses vannes... On navigue entre un comique très sage, tendant presque vers l'esprit Disney, et un humour sale et idiot, plus digne des meilleurs Sandler, que l'on attendait davantage. Et on aurait évidemment préféré que le film soit plus court et opte plus souvent pour la débilité totale, quitte à perdre une grande partie de son audience potentielle. Les derniers soubresauts de cette trop longue histoire finissent aussi par lasser un peu... 




Malgré cela, il faut aussi reconnaître que The Ridiculous 6 est ponctué de moments hilarants, parfois d'une absurdité vraiment osée. On se dit plus d'une fois "Mais c'est quoi ce film ?!". Quid de cette apparition étonnante de John Turturo qui débouche sur une scène inepte au possible où l'on assiste à la première partie de baseball de l'Histoire. On jurerait qu'il s'agit là d'une improvisation qui a mal tourné, d'une idée apparue à l'un des joyeux drilles impliqués dans cette affaire et aurait été jugée, sur le moment, hilarante par toute l'équipe, pour finalement donner lieu à un trou noir de 10 minutes au beau milieu du film. Un trou noir d'une débilité réjouissante ! Autre moment fort du film : cette partie de poker mettant en scène Mark Twain (incarné par un Vanilla Ice déjà croisé, avec plaisir, dans That's My Boy, et de nouveau intenable ici), Wyatt Earp, et le Général Custer, autant de caricatures à peine ébauchées, mais toutes remarquables par leur terrible connerie. On a beaucoup aimé aussi ce moment trop con trop bon durant lequel Luke Wilson raconte son histoire pour mieux expliquer à ses acolytes l'origine de sa culpabilité dévorante, un flashback glaçant nous apprend qu'il était le garde du corps un brin insouciant d'Abraham Lincoln le soir de son assassinat... On jurerait que le scénario a parfois été écrit sous influence. Que les acteurs, stimulés les uns par les autres, ont laissé libre cours à leur plus primaire stupidité. Mais cette sensation est hélas trop rare pour faire de The Ridiculous 6 un film comique que l'on aimera voir et revoir entre potes. Dommage, car il y avait là un sacré potentiel !


The Ridiculous 6 de Frank Coraci avec Adam Sandler, Terry Crews, Jorge Garcia, Taylor Lautner, Luke Wilson et Rob Schneider (2015)

11 avril 2017

Sur la Piste du Marsupilami

Bien que ce ne soit pas dans nos habitudes, non accueillons parmi nous un invité afin de l'aider à relayer son message à la France entière, au sujet du dernier film paru d'Alain Chabat, symbole d'un certain cinéma opportuniste loin de ce que devrait être le septième art. Nous laissons donc la parole à Cedric Jung, président de l'association "Les cinq millions".

La dernière réalisation en date d'Alain Chabat n'a pas fait date. A l'heure qu'il est j'espère que tout le monde s'est remis du traumatisme engendré par ce film qui a quand même enregistré plus de cinq millions d'entrées. Je suis un de ces "cinq millions" et j'en subis encore les séquelles. Parfois la nuit je me réveille en sursaut, un filet de sueur glacée descendant le long de mon dos jusque dans ma raie, après avoir revu dans un flash la tronche couverte de boue de Chabat ou celle de guingois, digne du dessin d'un enfant attardé tentant de copier un tableau cubiste de Picasso, de Géraldine Nakache. L'horreur.




J'ai créé une association, "Les cinq millions" dont le but est de se faire rembourser le prix de la place de cinéma (ajusté à l'inflation) et récupérer des dommages et intérêts liés aux 1h45 perdues devant un spectacle aussi navrant (soit, à 30€ de l'heure, car nous ne sommes pas des smicards du cinoche, une somme de 52,50 € par spectateur). Nous sommes actuellement 8752 membres, tous domiciliés dans Metz et ses environs, et nous aimerions que notre article revendicatif sur ce blog populaire nous donne l'opportunité de recruter d'autres spectateurs ayant été victimes de ce film en plâtre. Si la totalité des spectateurs floués par ce film (soit 5 224 663 personnes) font part de leur revendication et poursuivent les auteurs de ce délit sur pellicule, alors Chabat et sa clique devront rembourser 5 224 663 x 52,5 x 8€ (8€ étant le prix moyen de la place de cinéma ajusté à l'inflation, en étant très magnanime) soit 2 194 358 460 Euros, en espérant que cela les calmera suffisamment pour ne pas tenter de remettre le couvert avant longtemps. La note peut vous paraitre très fortement salée, mais notre association désire faire de ce film un exemple (et c'est tombé sur Chabat, c'est aussi un moyen de mettre en lumière l'ensemble de son œuvre dite "solo", elle est loin l'époque où on se marrait quand il défonçait un "con de mime") et enfin mettre en place une jurisprudence qui (dans un monde idéal) évitera au cinéma de se coltiner ce genre d'ignominie.




Notre association n'a aucun autre but lucratif que celui d'un remboursement complet et sans condition des frais, du temps perdu et de la souffrance physique et psychologique engendrés par cette "œuvre" qui parjure le cinéma et ébranle jusqu'à la base de nos convictions au sujet de l'avenir de l'Humanité. Nous espérons que vous serez nombreux à répondre à notre appel.


Sur la Piste du Marsupilami d'Alain Chabat avec Jamel Debbouze, Alain Chabat, Lambert Wilson, Fred Testot, Géraldine Nakache et le Marsupilami (2012).

5 avril 2017

The Keeping Room

Nous avions quitté Daniel Barber il y a près de sept ans, dans les ruelles sombres de Londres, en espérant ne plus jamais recroiser sa route. Il venait de nous livrer Harry Brown, un polar aux relents nauséabonds dans lequel Michael Caine jouait au vigilante du troisième âge pour faire régner l'ordre dans son quartier. Nous retrouvons aujourd'hui le cinéaste britannique au sud des États-Unis, animé de bien plus nobles intentions, et très joliment accompagné puisque le premier rôle de son western revient à Brit Marling. Notre dernière rencontre avec l'actrice américaine était également un mauvais souvenir, nous nous étions effectivement arrêtés au très mauvais I Origins, où elle incarnait une pénible chercheuse pas crédible pour un sou. Elle se retrouve ici à la tête d'un excellent western indépendant, qui réussit à tirer parti de la petitesse de son budget à travers un scénario aussi concis qu'intelligent, et qui vient se ranger aux côtés des films de genre originaux, simples et efficaces, dans lesquels nous l'avions appréciée à ses débuts. The Keeping Room apparaît donc comme une double réhabilitation pour le réalisateur et son actrice.




Dans un film constamment sous tension, Daniel Barber met en scène trois femmes aux prises avec une paire de soldats alcooliques et violents, en pleine guerre de sécession. Augusta (Brit Marling) et Louise (Hailee Steinfeld, croisée dans un autre western, le True Grit des frères Coen) sont deux sœurs isolées qui partagent, avec Mad (Muna Otaru), esclave noire-américaine, un domaine du Sud des États-Unis frappé par la désertification humaine, la misère, voire la famine, et que menace l'avancée des troupes de l'Union. Deux éclaireurs de l'armée yankee débarquent justement dans le coin et trucident tous ceux qu'ils croisent. Le film se concentre sur la lutte entre les trois femmes, d'un côté, et les deux hommes, de l'autre, et fait preuve d'un féminisme bien pesé d'un bout à l'autre.




Le plus beau moment du film est sans doute cette séquence où les deux agresseurs jettent un cocktail Molotov dans la maison barricadée et où Augusta se défait de sa chemise pour éteindre le début d'incendie, avant d'affronter les assaillants torse nu et fusil à l'épaule. La scène, a priori, était glissante. Le réalisateur fait plus que bien de ne rien dévoiler du corps de son actrice et de ne laisser peser aucun soupçon sur la plus petite velléité de voyeurisme ou d'érotisme, préférant ériger son héroïne en espèce d'amazone, défendant sa maison et les siennes de toutes ses forces. C'est une séquence très forte, que l'on aurait souhaitée plus longue, mais qui aurait peut-être perdu au change.




Le film réussit par ailleurs à donner son importance à la plupart des personnages, que l'on pense au monologue de Muna Otaru, qui incarne l'esclave quasi-affranchie du domaine, où cette dernière raconte les viols subis sur une autre plantation, ou à l'échange final entre Augusta et Moses (Sam Worthington, qui s'en tire mieux que d'habitude), l'un des deux éclaireurs nordistes. La fin peut surprendre, voire faire grincer des dents, mais elle sonne assez juste, pointant d'une part à quel point les dégâts causés par la violence masculine à l'égard des femmes s'étendent au-delà, et jusqu'aux hommes, et disant bien, d'autre part, que pour toute femme, à cette époque-là et par-delà les époques, partout et toujours, en temps de guerre la survie relève quoi qu'il en soit du miracle.


The Keeping Room de Daniel Barber avec Brit Marling, Muna Otaru, Hailee Steinfeld et Sam Worthington (2014)